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1 000 ans d’inhumations dans l’église de Gonesse

Dans l’église Saint-Pierre et Saint-Paul de Gonesse, dans le Val d’Oise, le projet d’installation d’un nouveau système de chauffage par le sol a conduit l’Inrap à mener, en 2011, la première phase d’une fouille, qui sera suivie d’une seconde phase en 2012. L’édifice, monument historique depuis 1862, a été construit entre la fin du XIIe et la fin du XIIIe siècle à la place d’une église romane. L’intervention des archéologues a permis d’en identifier des vestiges et d’exhumer de nombreuses tombes issues d’une nécropole en usage entre la fin du VIe siècle et le XVe siècle. Ces découvertes permettent de mieux cerner l’origine et l’évolution de l’église et de connaître la population inhumée durant le Moyen Âge.

Une architecture inspirée de grands modèles

À l’exception des maigres vestiges encore en place à la base et au premier étage du clocher actuel, les traces de l’église romane sont inexistantes. À la fin du XIe siècle, elle est donnée par Hervé de Montmorency à l’abbaye Saint-Florent de Saumur (Val de Loire). Elle est reconstruite et agrandie entre 1177 et la fin du XIIIe siècle, formant une unité architecturale caractéristique du début du gothique. Fortifiée au cours du XIVe siècle, alors que Gonesse se protège derrière des remparts, son architecture s’inspire des grands édifices voisins comme l’abbatiale de Saint-Denis, Notre-Dame de Paris ou la collégiale de Mantes. Ses voûtes, peut-être sur croisées d’ogives à l’origine, se seraient écroulées au cours du XVIe siècle et auraient été remplacées par une charpente apparente, notamment dans la nef centrale.
Sépultures dans la partie est du chœur. Dans celle de gauche (XIII-XIVe siècles) de nombreux fragments de tissus ont été découverts ; celle de droite est mérovingienne. © Denis Gliksman, Inrap
Vue de la fouille dans la partie est du chœur. © Denis Gliksman, Inrap

Une histoire architecturale complexe

Vue générale de la nef de l’église avec au premier plan les zones de fouille dans le chœur - © Denis Gliksman, Inrap

La première phase de fouille n’a fourni que des informations succinctes sur l’histoire architecturale du bâtiment : fondation du chœur, avec un double mur bahut, négatif d’un dallage antérieur au dallage actuel, posé dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, deux maçonneries fondées sur d’immenses creusements comblés avec de gros blocs et des dalles de pierre (calcaire ou grès) et par deux meules de plus d’un mètre de diamètre. La fonction et la datation de ces creusements n’ont pu être déterminées, mais la seconde phase de fouille devrait permettre de les mettre au jour intégralement. De même, l’étude des maçonneries, dont on ne sait encore si elles se rattachent à l’église romane (XIe-XIIe siècles) ou gothique (fin du XIIe-XIIIe siècles), fournira des données intéressantes sur un plan d’aménagement dont aucune trace n’a été trouvée en archives.

Le plan d’un édifice antérieur au XIIe siècle, entraperçu sous la forme d’un mur imposant de deux mètres de largeur et parallèle à la façade ouest, sera également étudié en 2012.
Une nécropole utilisée dès la période mérovingienne.

Détail d’un fragment de tissu avec décor, découvert sur un individu inhumé en sarcophage au XIIIe ou XIVe siècle. © Denis Gliksman, Inrap
Les 79 sépultures exhumées sur cinq niveaux s’échelonnent de la période mérovingienne au début de la période moderne (VIe au XVe siècle). Les modes d’inhumation sont variés : cercueils en bois, sarcophages et tombes maçonnées en plâtre, inhumations en pleine terre. Quelle que soit la période, le mobilier funéraire est rare, hormis de nombreux pots à encens. La conservation des corps est très variable, mais des morceaux de tissus, dont certains de bonne taille  ont été découverts dans des sépultures des XIIIe et XIVe siècles.
Les inhumations à l’intérieur de l’église Saint Pierre et Saint Paul participaient des traditions d’enfouissement dans les lieux sacrés. Les places les plus près du chœur étaient les plus recherchées mais aussi les plus chères. Et malgré les tentatives d’interdiction réitérées par l’Église pour des raisons de salubrité, ce type d’inhumations engendrait des revenus particulièrement importants pour la paroisse, aussi n’ont-elles cessé durant dix siècles.
La présence de tombes mérovingiennes perturbées par l’aménagement du déambulatoire de l’église gothique met en évidence la pérennité de l’utilisation de ce secteur de la ville comme nécropole, sans que l’on sache encore si les tombes étaient disposées à l’intérieur ou à l’extérieur d’un sanctuaire.
L’étude anthropologique permettra d’appréhender l’évolution des rites funéraires et l’état sanitaire de la population, ainsi que d’établir des comparaisons avec ceux des nécropoles voisines.

Les indices d’une occupation antique

Des céramiques et des enduits peints antiques ont été mis au jour, sans qu’il soit encore possible de les rattacher à une fonction précise.
Panneaux décorés de deux sarcophages mérovingiens (partie est du chœur). © Denis Gliksman, Inrap

 

Pour en savoir plus, vous pouvez voir cette vidéo : visite du site avec Nathalie Karst, archéologue responsable.

 

Source : Inrap.fr

 

À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

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