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A-t-on découvert le lieu de naissance du roi Arthur ?

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Les fouilles actuellement en cours sur le site de Tintagel. Photo Emily Whitfield-Wicks.

L’histoire fait en ce moment même le tour des médias anglo-saxons et maintenant francophones. On aurait retrouvé à Tintagel en Angleterre, lieu de naissance supposé du roi Arthur, des traces de plusieurs bâtiments appartenant semble-t-il à un palais, ainsi que des centaines de tessons de poteries et d’objets en verre datant de la fin du Ve siècle jusqu’au début du VIIe siècle. Or le souverain mythique est censé avoir vu le jour à la même époque. Une découverte majeure vient-elle d’avoir lieu ?

Il faut tout d’abord rappeler que l’historicité d’Arthur fait débat. Aujourd’hui, la plupart des spécialistes de la question, comme Olivier Padel, s’accordent à dire que le roi de Camelot est une création littéraire et folklorique. Même Alban Gautier, partisan lui d’une approche plus nuancée, admet dans son ouvrage Arthur (Ellipses, 2007 – 2013 pour l’édition de poche) écrit : « la thèse de Padel est d’une grande solidité – disons même qu’en l’état actuel de la recherche, elle est la meilleure et la mieux étayée. » (p. 121)

C’est Geoffroi de Monmouth, auteur de l’Histoire des rois de Bretagne (écrit vers 1135, soit près de six siècles après les faits supposés) qui, le premier, fait naître Arthur à Tintagel. Les récits arthuriens qui précèdent le sien n’en parlent pas, et Geoffroi est réputé (dès le Moyen Âge) pour avoir inventé nombre des éléments de son récit (notamment la liaison entre Uther et Ygerne, les parents d’Arthur). Précisons aussi que l’un des rares textes contemporains du règne supposé d’Arthur au VIe siècle, La chute et la conquête de la Bretagne du prêtre Gildas, ne dit pas un mot du souverain légendaire.

En ayant ces éléments à l’esprit, l’équipe archéologique en charge du site de Tintagel n’affirme pas avoir fait une découverte en lien avec le mythe arthurien. Win Scutt, un responsable de l’English Heritage (qui gère le site de Tintagel et finance les fouilles), explique même au National Post : « Certains prétendent que nous recherchons des preuves de l’existence d’Arthur. Mais ce n’est pas le cas ».

Assiste-t-on donc à une forme d’emballement médiatique ? On peut légitimement le penser, surtout qu’il ne s’agit pas d’une première. En 1998, un fragment de dalle du Ve siècle sur laquelle est inscrit le nom « Artognou » est mis à jour. Très vite, de nombreux médias prétendent que l’on aurait retrouvé une trace indéniable de l’existence d’Arthur. La réfutation pourtant arrive rapidement : les noms avec l’élément « art- » sont répandu dans le monde breton et que le nom « Artognou » ne peut être en aucun cas la forme ancienne du nom « Arthur ». Bref, rien ne lie l’inscription de la dalle au mythe et, comme le résume bien Alban Gautier dans son ouvrage (p. 115) :

« L’anecdote est toutefois significative de l’attitude de nombreux « arthuriens » qui, à la recherche de leur héros, ont tendance à annoncer des découvertes spectaculaires, souvent relayées complaisamment par la presse. Il est vrai que les retombées économiques [sur le] site hautement touristique de Tintagel peuvent s’avérer singulièrement juteuses. »

L’annonce actuelle semble obéir au même principe qui réunit à la fois sensationnalisme et intérêts financiers. En effet, l’existence d’un ensemble palatial à Tintagel datant de l’Antiquité tardive est connue depuis longtemps. Bref, cette découverte « arthurienne » n’en est pas une.

William Blanc

Pour en savoir plus, lire l’article de Mark Adderley et Alban Gautier, « Les origines de la légende arthurienne : six théories », Médiévales, 59, automne 2010, disponible en cliquant sur ce lien.

Merci à Exomène, le monteur-magicien de Fréquence Médiévale, pour nous avoir signalé cette information.

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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