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Fréquence médiévale : le Moyen âge dans la polémique des programmes scolaires

IMAGE 1 : Paul Bernard et Frantz Redon, Notre premier livre d’histoire. Cours élémentaire, Nathan, 1950, p. 14 et 15. Doit-on toujours à, l'école user des grands hommes pour traiter d'une histoire exclusivement française ? C'est une des questions récurrentes concernant les programmes depuis la fin des années 70.
IMAGE 1 : Paul Bernard et Frantz Redon, Notre premier livre d’histoire. Cours élémentaire, Nathan, 1950, p. 14 et 15. Doit-on toujours à, l’école user des grands hommes pour traiter d’une histoire exclusivement française ? C’est une des questions récurrentes concernant les programmes depuis la fin des années 70.

L’histoire est une passion française, comme l’expliquait l’historien Philippe Joutard, au point de susciter son lot de polémique, notamment à propos des programmes scolaires, et ce quasiment depuis que l’école républicaine obligatoire existe – on se souvient par exemple de la guerre scolaire qui avait, au début du XXe siècle, opposé républicains laïcs d’un côté, et partisans de l’enseignement catholique de l’autre.

L’année 2015 ne fait pas défaut avec, en point de friction, l’histoire médiévale. Selon plusieurs éditorialistes, l’éducation nationale n’apprendrait plus l’histoire de France aux jeunes élèves, notamment celle du christianisme médiéval qui aurait été remplacé par un module sur l’Islam. Qu’en est-il est réalité ? Pour y voir plus claire, nous avons invité deux professeurs d’histoire géographie à venir prendre la parole, Yohann Chanoir, professeur en lycée à Reims (et collaborateur régulier de notre site) et Christophe Naudin, professeur en collège à Arcueil (Val-de-Marne) et collaborateur au site histoire-pour-tous. Bonne écoute :

En image, nous mettons l’extrait du projet de maquette des programmes du printemps 2015 (texte complet disponible ici) d’histoire du collège qui a fait couler tant d’encre et que nos intervenants ont longuement commenté (IMAGE 2).

IMAGE 2 : Le projet de programme d'avril 2015 pour la classe de 5e. Les points en gras (un par thème) sont obligatoires et pourraient laisser penser que le thème 1 oublie de traiter du christianisme médiéval. Mais cet aspect est traité dans le thème 2 "Société, Église et pouvoir dans l'Occident Chrétien" (souligné par nos soins).
IMAGE 2 : Le projet de programme d’avril 2015 pour la classe de 5e. Les points en gras (un par thème) sont obligatoires et pourraient laisser penser que le thème 1 oublie de traiter du christianisme médiéval. Mais cet aspect est traité dans le thème 2 « Société, Église et pouvoir dans l’Occident chrétien » (souligné par nos soins).

On note enfin que l’enseignement de l’histoire de l’Islam médiéval – qui semble aujourd’hui faire tant polémique – à l’école n’est pas une nouveauté. Preuve en est cet extrait tirée d’un ouvrage (disponible ici, sur le site gallica) dirigé par Ernest Lavisse – célèbre historien de la IIIe République et concepteur de très nombreux manuels – (IMAGE 3) destiné à des écoliers du secondaire et qui consacre justement tout un chapitre aux « arabes » – dans un chapitre, il est vrai, où il est aussi question des byzantins.

IMAGE 3 : Lavisse Ernest (dir.), Parmentier André (dir.), Le Moyen âge, du IVe à la fin du XIIIe siècle, Armand Colin, 1898. L'Islam médiéval est déjà étudié dans le secondaire.
IMAGE 3 : Lavisse Ernest (dir.), Parmentier André (dir.), Le Moyen âge, du IVe à la fin du XIIIe siècle, Armand Colin, 1898. L’Islam médiéval est déjà étudié dans le secondaire sous la IIIe République.

Les nouveaux programmes de septembre 2015

Les nouveaux programmes ont été révélés deux jours après l’enregistrement de l’émission. Ils ont suscité deux réactions de la part de nos invités.

Réaction de Yohann Chanoir : « Hors de toute polémique sur les réactions aux réactions, l’enseignant ne peut faire que le constat objectif suivant. Il peut s’étonner de la suppression de la liberté accordée aux enseignants de collège, alors qu’elle existe (encore) dans les programmes de seconde. Il va, car il doit, hélas, déplorer la lourdeur des programmes ainsi élaborés, dans le cadre dirimant d’une réduction des horaires disciplinaires avec l’introduction des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires), une initiative au demeurant intéressante, mais pourquoi la faire exister par une saignée des volumes horaires des disciplines ? Le professeur d’histoire-géographie risque de se transformer en clone du lapin d’Alice, courant après le temps, simplifiant à l’extrême, et sacrifiant la réussite de tous les élèves, pourtant placée au cœur de la refondation du collège, car tous ne pourront suivre le train d’enfer imposé pour boucler les programmes notamment en classe de troisième avec l’échéance de l’examen de fin d’année. »

Réaction de Christophe Naudin : « Depuis cet entretien, les programmes d’histoire ont été révélés. Comme on pouvait le craindre, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a cédé à quasiment toutes les pressions, même si son président, Michel Lussault, s’en défend, apparemment très satisfait de son bilan.
C’est avant tout la liberté des enseignants, l’une des principales avancées du projet de mai, qui est mise à mal. Les thèmes « optionnels » ont disparu, et tout est désormais très fléché. Et ce n’est sans doute que le début. Pire, ces nouveaux programmes, particulièrement ceux du collège, sont en fait très proches des programmes actuels (décidés en 2008), mais en plus lourds encore !
Le CSP a aussi cédé à ceux qui craignaient la disparition de l’histoire de France, et rêvaient d’un nouveau roman national. C’est notamment le cas en école primaire, où on assiste carrément au retour de Clovis, et où les « grands hommes » sont au centre des programmes. Au collège, les Lumières sont de retour (sans jamais avoir vraiment disparu), et les débuts de l’Islam sont intégrés à un chapitre plus vaste avec une vision très « civilisationnelle ». Plus largement, le programme est encore plus franco-centré, notamment dans les instructions de son préambule, allant même à contre-courant des programmes actuels.
Les réactions ne sont pas faites attendre : le collectif « Pour un aggiornamento de l’enseignement de l’histoire-géo » a exprimé sa grande déception, tandis que le SNALC, syndicat très conservateur, s’est estimé satisfait. La vénérable APHG a réussi de son côté à dire tout et son contraire en moins de 24 heures…
Ce qui est certain, c’est que les enseignants devront dès la rentrée 2016 appliquer ces programmes infaisables, avec probablement moins d’heures en raison de la mise en place des EPI, axe principal de la réforme du collège, effective elle aussi dès septembre 2016. »

Pour en savoir plus

Deux textes de Christophe Naudin pour le site Histoire-pour-tous, l’un sur le projet de programme d’avril 2015 et l’autre sur la maquette finale des programmes du 19 septembre 2015.

Merci à Exomène pour la technique et le montage.

William Blanc

 

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques et je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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