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Harcourt : une architecture à double visage

XIe siècle : la terre

Situé au cœur de la Normandie, le château d’Harcourt est la clé d’un territoire vieux de mille ans : celui des seigneurs de Harcourt. Dressé en hauteur d’un vallon sec rejoignant la vallée de la Risle, l’édifice commande l’accès à la plaine du Neubourg et aux voies de communication en direction de Rouen et d’Evreux. L’environnement du château, sa topographie, montrent les traces d’une forteresse primitive formée d’une enceinte de terre entourée de fossés secs et précédée d’une basse-cour enveloppante, clôturée de douves sèches et accessible par un barbacane. Même si les légendes offrent des origines plus anciennes au domaine, c’est entre 1020 et 1030 qu’apparaissent les premiers vestiges du château féodal.

Durant cette période, les premiers seigneurs d’Harcourt apparaissent dans les textes : Anquetil de Harcourt, fils du Turchetil, lui-même fils de Turf, seigneur de Pont-Audemer. Ayant vécu au milieu du XIesiècle, Anquetil fut sans doute ce sire de Harecort qui accompagna Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, lors de la conquête de l’Angleterre.

Son fils, Robert Ier d’Harcourt, est mentionné pour la première fois en 1077, à l’occasion de la confirmation de ses biens par Guillaume le Conquérant. Témoin ou signataire de nombreux documents jusqu’en 1113, il atteste que le rôle des Harcourt se développa au cours de ce siècle.

 XIIe siècle : la pierre

Au siècle suivant, le castrum d’Harcourt est doté d’un donjon en pierre, carré, à contreforts plats, semblable aux donjons normands attestés au 1er quart du XIIesiècle, comme celui de Brionne ou de Caen. Plus durable, le donjon ou tour maîtresse, devient l’attribut essentiel du pouvoir. En pierre, il n’est plus érigeable au seul moyen de la corvée, mais nécessite des fonds numéraires pour payer les charpentiers et les maçons.
Sa situation, en avant du site, dominant le territoire, marque bien une volonté d’afficher son pouvoir, sa puissance et sa richesse. Son existence témoigne d’une position forte de la seigneurie d’Harcourt au XIIe siècle.

 XIIIe siècle : les fortifications

C’est vraisemblablement au milieu du XIIIesiècle que fut ajouté l’ensemble castral aujourd’hui partiellement conservé.
Ces perfectionnements apportés à la forteresse existante correspondent au modèle mis en place au XIIIesiècle par Philippe Auguste et qui se propagea en France et en Europe. Adapté de la tour du Louvre, ce modèle de fortification est formé par une enceinte régulièrement flanquée de tours et de par des entrées, protégées au maximum : parés de tours jumelles percées d’archères, les accès à la basse-cour forment un passage précédé d’un pont, défendu par une barbacane et enjambant un fossé. Ils comportent un triple système de protection avec herse, assommoir et vantaux.

Les assises régulières en anneaux de calcaire correspondent à l’appareil répandu au milieu du XIIIe siècle. Si la modernisation des fortifications comporte un intérêt militaire évident, elle est bien souvent doublée d’un message politique fort.

Ainsi cette grande phase de construction concorde avec la constitution du comté d’Harcourt, mais également avec le rapprochement des Harcourt vers le pouvoir royal français : de 1203 à 1338, la seigneurie d’Harcourt s’agrandit progressivement, notamment grâce à des mariages et des donations royales.

La guerre de Cent Ans

Aux XIVeet XVesiècles, les seigneurs d’Harcourt sont au cœur de la guerre de Cent Ans. Porte-paroles de la noblesse normande, ils deviennent des alliés recherchés. D’abord liés aux Anglais par fidélité au Comte d’Evreux, Jean IV d’Harcourt accorde finalement son soutien à Philippe VI de Valois, roi de France, obtenant ainsi la réunion de ses propriétés pour former le comté d’Harcourt (1339). Reflet d’une famille en pleine expansion, le château est alors le centre d’un vaste domaine économique.

Malgré un système défensif complet et une garnison effective, Jean VII d’Harcourt est chassé de son château en 1418 par les Anglais qui administrent les lieux jusqu’à leur reprise par Dunois, lieutenant de Charles VII, en 1449. Le château est restitué quelques mois plus tard au dernier comte d’Harcourt, Jean VII.
Très endommagée par la guerre, la porte nord est délaissée au profit du châtelet restauré et habillé de croix de Lorraine, marques de la transmission du domaine au duché du même nom en 1452.

 XVIIe siècle : la brique et la princesse

S’il retrouve quelques temps un rôle militaire,  durant les troubles de la Ligue entre 1589 et 1591, le château est progressivement délaissé par la famille d’Harcourt. Au XVIIesiècle, les descendants de la famille vivent à proximité de Paris et fréquentent la cour de Louis XIV. Petit-fils de Charles de Lorraine, Alphonse Henry de Lorraine épouse en 1667 Françoise de Brancas. Familière de la cour de Versailles, celle qui se fait appeler la « Princesse d’Harcourt » est membre de la très haute aristocratie : dame du palais de la reine, puis confidente de madame de Maintenon, elle fait partie du très critiqué ordre des dévots. Héritière directe du domaine en 1695, elle s’évertue à redorer le blason de la famille en métamorphosant le vieux château fort en une résidence moderne, plus conforme aux goûts et au confort de son époque.

Jusqu’en 1704, François de Brancas redéfinit et redessine chaque espace de son nouveau domaine pour répondre aux canons de l’architecture classique. Le château est alors transformé pour intégrer un parcours scénographique menant de l’entrée du domaine à son logement puis aux jardins qui l’agrémentent. François de Brancas donne deux visages au château effaçant à l’Est le logis médiéval et conservant à l’Ouest les vestiges féodaux, ancrage d’une longue lignée.

La façade est remaniée et recouverte de pierres calcaire et d’un enduit redessinant un appareil régulier. Elle est ponctuée de deux portes, de hautes fenêtres laissant entrer lumière et air. A l’intérieur, des appartements sont aménagés : le rez-de-chaussée est surélevé pour assainir l’édifice, des parquets et des lambris colorés sont posés et un escalier monumental en pierre et fer forgé est installé pour accéder aux étages.

Harcourt : des arbres remarquables

A partir de 1802, Louis-Gervais Delamarre, ancien homme de loi, entreprend la mise en valeur du domaine par le reboisement. Il s’inscrit ainsi parmi les pionniers qui à l’aube du XIXe siècle, restaurent les forêts ruinées en utilisant de nouvelles techniques sylvicoles. Sont plantés des essences de conifères, tels les pins maritimes et sylvestres. Louis-Gervais Delamarre désigne en 1826 la Société royale d’Agriculture comme son légataire universel. L’arboretum d’Harcourt est aujourd’hui parmi les plus riches de France, avec 56 spécimens d’arbres différents, âgés de 150 à 200 ans.

Texte et clichés : F. Wittner

À propos de Frédéric Wittner

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