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Histoires de Noël dans l’Opus Anglicanum

Crèches, bergers, anges : tous ces motifs liés à la fête de Noël se retrouvent dans l’art médiéval, des vitraux d’églises aux pages enluminées des manuscrits, jusque dans les textiles anglais brodés, l’opus anglicanum. Les aperçus présentés ici en sont de bons exemples.

La saison de Noël était un moment culminant du calendrier médiéval anglais. Les célébrations s’y déroulaient pendant douze jours, de la veille de Noël (24 décembre) au 5 janvier, fête chrétienne qui avait incorporé des rituels païens, comme ceux liés aux célébrations du solstice d’hiver.  Les maisons étaient décorées de branches d’arbres et de feuilles (comme du lierre, du  gui ou du houx), des banquets étaient tenus. On faisait une large place au chant et à la danse.

L’imagerie de Noël transparaît dans l’art médiéval, en particulier dans les broderies de l’opus anglican, richement travaillées. Ces broderies étaient souvent utilisées pour décorer les vêtements ecclésiastiques (portés pour la messe) et le mobilier des églises (comme l’autel). Ces objets offraient aux prêtres un moyen très efficace pour dispenser le message chrétien à leurs fidèles.

Des anges musiciens

Les anges, qui étaient considérés comme des êtres spirituels (ni hommes, ni femmes), sont omniprésents. On les trouve souvent figurés dans des histoires édifiantes de la vie de la Vierge et du Christ, ou de saints, avec des instruments de musique. Avec leurs luths, leurs livres de prières, leurs cloches et leurs altos, ils représentent les chœurs angéliques qui scandent la musique sainte, en louange à Dieu.

L’Annonciation aux Bergers

Ce panneau finement brodé représentant la vie de la Vierge peut avoir été, à l’origine, utilisé comme décor d’autel. Il montre l’Annonciation aux Bergers, un épisode de l’Évangile de Luc (2, 8-20), qui raconte comment, la veille de Noël, un groupe de bergers a été soudainement visité par un ange, alors qu’il faisait paître son troupeau dans la campagne, aux environs de Bethléem. Accompagné de merveilleux sons célestes, l’ange proclame que le Sauveur est né, et que les bergers doivent rentrer à Bethléem pour adorer le nouveau-né, couché dans une crèche.

Dans cette broderie, l’ange émerge d’une bande ondulée de nuages, portant un phylactère blasonné avec la première ligne d’un hymne latin «Gloria in Excelsis Deo» (Gloire à Dieu) – référence directe aux paroles décrites dans l’Évangile et récitées lors de la messe. On le voit tourné vers un berger barbu qui lève les yeux, dans une expression effrayée, tandis que son chien se met à hurler. Le lourd manteau à capuchon du berger, des bottes et des mitaines replacent immédiatement la scène dans le froid hiver anglais, un cadre familier pour le spectateur médiéval. Son compagnon, quant à lui, semble ignorer l’apparition, plongé dans la musique, jouant de la cornemuse et sonnant une cloche.

La Nativité du Christ

La naissance miraculeuse du Christ, qui selon la croyance chrétienne est né de la Vierge Marie par l’intervention divine, est une scène commune dans la broderie médiévale anglaise. Enveloppée dans une grande couverture, la Vierge Marie est figurée sur un lit, reposant sa tête sur son bras et regardant son nouveau-né, bercé par une sage-femme. La scène est attentivement observée par un bœuf et un âne qui regardent au-dessus de leur mangeoire, tandis que Joseph s’endort au pied du lit.

Les artistes qui ont conçu cette œuvre ont quitté le conte biblique original, qui décrit le décor de la Nativité comme une étable modeste. Ici, la scène est placée dans le cadre d’une architecture gothique très élaborée, la Vierge est installée sur un lit confortable, avec des coussins et des couvertures luxueuses, plus adaptées à une princesse ou une reine.

Le voyage des trois Mages

Les trois mages comptent parmi les personnages les plus connus de l’histoire de Noël. L’Évangile de Matthieu (2, 1 – 12) est le seul livre de la Bible à les mentionner, racontant leur voyage, venus de terres lointaines à Bethléem, guidés par une étoile. Une broderie aujourd’hui conservée, à Bologne, contient une interprétation riche et colorée de ce voyage.

Les trois Mages sont représentés tour à tour comme un jeune homme, un homme d’âge mûr et un vieillard, représentant ainsi les trois âges de la vie. Parfois, ils sont parfois montrés chevauchant des animaux exotiques, comme des chameaux ou des éléphants, mais ici, les brodeurs ont choisi de les placer dans un cadre plus familier, anglais – ils sont habillés comme des souverains anglais, suivant la mode du XIVe siècle, avec des manteaux fourrure. La main du plus vieux pointe vers le haut, peut-être vers l’étoile qu’ils suivent.

Quand les trois Rois Mages eurent enfin trouvé l’écurie avec l’aide de l’étoile, ils adorèrent l’Enfant. Selon certaines légendes, ils lui apportèrent des cadeaux exotiques et coûteux : de l’or, de l’encens, de la myrrhe, comme le montre un détail de la chasuble Chichester-Constable (vêtement porté par le prêtre pendant la messe – voir image ci-dessus). La Vierge Marie y est représentée comme une reine intronisée, avec couronne et sceptre, elle présente Jésus sur ses genoux. La fête des Trois Rois Mages était célébrée en Angleterre le 6 janvier, jour où des cadeaux étaient traditionnellement échangés, en référence aux présents apportés par les Mages. Cette journée marquait la fin de la saison de Noël.

Lire l’article original sur le site du Victoria & Albert Museum (références iconographiques complètes).

Article traduit et mis en forme par Frédéric Wittner.

À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

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