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La Bourgogne médiévale reconstituée : Burgundia anno 1415

L’association de reconstitution historique Burgundia anno 1415 se propose de faire découvrir la vie quotidienne en Picardie sous le règne du duc de Bourgogne Jean Sans Peur. Un thème original qui nous a poussé à en savoir plus avec Guillaume Levillain, son président, qui s’est également proposé de commenter quelques photos.

 Le premier vêtement qu’enfilait un femme était un corset, porté à la maison, et durant les activités domestiques (là, au jardin). Dès qu’elles sortaient, les femmes devaient enfiler une robe par-dessus.
Le premier vêtement qu’enfilait un femme était un corset, porté à la maison, et durant les activités domestiques (là, au jardin). Dès qu’elles sortaient, les femmes devaient enfiler une robe par-dessus.

Histoire et Images médiévales : Comment vous êtes-vous intéressé à la reconstitution médiévale ?
Guillaume Levillain : Cela s’est fait de manière très différente pour nous deux. En effet, mes parents m’ont fait découvrir ma première fête médiévale à l’âge de 5 ans. C’était à Moncontour en Bretagne, et par la suite nous en avons sillonné de nombreuses en simples visiteurs, durant les vacances scolaires.
Ce n’est que plus tard en 1999 que nous avons franchi le pas, également en famille pour un réveillon médiéval. L’année suivante nous nous penchions plus sérieusement sur la documentation que nous avions à disposition, et c’était lancé ! Ce qui m’a toujours intéressé et fasciné depuis tout petit, c’est imaginer à quoi pouvaient ressembler ces hommes et ces femmes. Quelles pouvaient être leur quotidien, leur vie. Et ce que je voyais sur les fêtes me permettait d’aller toujours plus loin dans mon imagination. J’ai transmis le virus à Anaïs, déjà passionnée d’Histoire, en 2012, qui depuis s’est jetée elle aussi dans cette aventure.

HIM : Le XVe siècle semble être votre période de prédilection. Pourquoi ce choix ?
GL : La première compagnie que je rejoignais fut « Mac’h Tiern », en 2002, lors de la Fête médiévale de Dinan (22). Leur thème de travail était le XIVe siècle. L’année suivante ce fut la Mesnie Enguerran à Amiens, avec le début XVe. Entre temps, je commençais à m’intéresser à l’Histoire de la région, et au règne de Jean Sans Peur. La proximité avec Azincourt exacerba mon intérêt. Ce qui me motive le plus, c’est l’extraordinaire richesse et diversité qu’offre le règne de Charles VI. Tant dans les évènements que dans l’art, la mode, l’armement. C’est une fantastique période de transition dans bien des domaines, qui laisse entrevoir de nombreuses pistes et thèmes de reconstitution.

Reconstitution d’un aiguiller d’après les fouilles de Londres. Réalisation Anaïs Guyon.
Reconstitution d’un aiguiller d’après les fouilles de Londres. Réalisation Anaïs Guyon.

HIM : Sur quel type de document vous appuyez-vous pour votre travail ?
GL : Nous travaillons exclusivement à partir de documentation française, si possible du nord de la Loire (lorsque la réalisation de l’œuvre est renseignée), mais également flamande dans une moindre mesure.
La Picardie est un territoire frontalier à l’époque : Amiens est la dernière ville « française » avant les Flandres. C’est également une zone militaire tampon entre le roi de France, et le duc de Bourgogne Jean Sans Peur qui en a le gouvernement militaire.
Les manuscrits enluminés, ainsi que les Chroniques, statuts de corporations et les archives administratives (Comptes des argentiers, etc), constituent donc notre premier matériel. Vient ensuite l’archéologie, qui parachève nos recherches écrites. Pour notre vaisselle, nous avions eu le soutien du laboratoire d’Archéologie de l’Université Jules Verne d’Amiens en 2006, ce qui nous avait permis de travailler sur des sources locales. Les différentes publications de fouilles telles que celles de Londres, ou de Herfjolnes nous renseignent également sur les vêtements et les cuirs, et leurs techniques de construction. Ainsi, tout ce que nous portons est réalisé à la main. Le croisement de toute cette documentation nous permet une approche rigoureuse dans son exploitation, et le rendu final de notre travail de reconstitution et d‘animation. Les anecdotes et les détails plaisent au public, rendant l‘Histoire plus accessible.

Nous avons également la chance de collaborer avec des artisans de talent. Boucle, plaque-boucle et mordant XVe siècle. Boucle à canetille, grenats et péridot. Réalisation Steeve Mauclerc.Bandier de soie rouge à devise ("mors cunis mullier dixit"), tissage à cartes par Séverine Watiez
Nous avons également la chance de collaborer avec des artisans de talent. Boucle, plaque-boucle et mordant XVe siècle. Boucle à canetille, grenats et péridot. Réalisation Steeve Mauclerc.Bandier de soie rouge à devise (« mors cunis mullier dixit »), tissage à cartes par Séverine Watiez

HIM : Vous représentez des costumes de personnages issus de milieux urbains, des miliciens, des arbalétriers citadins. C’est assez rare. Pourquoi ?
GL : Quelle que soit l’époque, la noblesse n’a toujours représenté qu’un très faible pourcentage de la population. De nombreuses compagnies font déjà un travail de qualité à partir de ce thème. Je le disais tout à l’heure, ce qui nous intéresse, c’est la vie des hommes et des femmes de cette époque, la vraie vie. Le travail de la terre, l’artisanat, le petit combattant. Ce sont les gestes et les mœurs qui nous intéressent avant tout, les choses simples qui parlent à notre public lors de nos animations. L’organisation des milices urbaines du nord de la France nous offre de nombreux détails et des anecdotes croustillantes sur la vie citadine, et constitue un véritable écho à la grande Histoire. Ces gens la vivent, comme vous et moi aujourd’hui. De plus, les milices urbaines picardes, à la fin du Moyen-Age, constituent le noyau de l’armée moderne, avec leur tradition militaire. De nombreux Picards intègrent les compagnies d’ordonnance du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, véritable laboratoire expérimental, d’où surgit quelques années plus tard le noyau de l’armée française moderne. Les bandes picardes, constituées dès la fin des années 1470, sont les ancêtres des premiers régiments au XVIe siècle. C’est donc un tout, donc le début du XVe constitue un certain âge d’or de l’institution.

Propos recueillis par William Blanc

Pour en savoir plus sur l’association Burgundia Anno 1415, rendez-vous sur leur page facebook.

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À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

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