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Knightfall, ou les templiers du petit écran

La chaîne History s’est faite connaître en France avec sa série Vikings (nous en parlions ici). Si sa nouvelle série Knigthtfall se situe toujours au Moyen âge, elle nous transporte plusieurs siècles plus tard, aux alentours de l’an 1306 en France, au moment où s’apprête à éclater l’affaire des templiers (dont nous avions déjà discuté ici).

Au regard du premier épisode, Knightfall a les mêmes qualités et les défauts que Vikings. Du côté des efforts, on notera que les réalisateurs se sont renseignés sur quelques détails. On voit ainsi apparaître des sergents du Temple, des juifs dont l’apparence est nettement tirée des enluminures médiévales, de belles vues du palais de l’île de la Cité ou du Temple de Paris (avec, à chaque fois, des éléments modernes tout de même).

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Des juifs parisiens dans « Knightfall » portant la rouelle typique les distinguant des chrétiens.
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La Palais de l’île de la Cité dans « Knighfall ». Assez ressemblant, sauf que la Sainte Chapelle est trop grande et qu’à droite, un pan de l’édifice date du XIXe siècle. Oups…
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Les grands degrés du Palais (avec, au second plan, la Sainte Chapelle) plutôt bien représentés.

 

Voilà pour le décor. De son côté, le scénario, comme dans la plupart des fictions historiques, prends de grandes libertés avec l’histoire pour mieux s’adresser au public contemporain. Le roi Philippe le Bel est ainsi représenté comme un souverain soucieux de protéger les juifs de son royaume (alors que nous avons bien vu dans cette émission de Fréquence médiévale que c’était l’inverse). Les Templiers, notamment le héros de la série (le templier Landry), se mobilisent eux aussi pour la même cause, arme à la main, chose impossible de la réalité. Non seulement les templiers n’ont pas réagi à la grande expulsion de 1306, mais il y avait de toute façon dans le royaume de France très peu de combattants du Temple pour s’opposer à la volonté du roi Philippe. En réalité, la tolérance religieuse dont fait acte Landry permet surtout de rendre le personnage principal acceptable pour les spectateurs en le parant de vertus modernes.

Mais l’élément le plus contemporain reste le lien fait entre les templiers et la quête du Graal. Les moines-soldats sont décrits comme les gardiens de la coupe sacrée (qu’ils perdent évidemment au début de la série et qu’ils tentent par la suite de retrouver). De plus, deux membres du Temple portent des noms de chevaliers de la Table ronde (Gauvain et Perceval). Certes, l’association entre le Graal et les Templiers est évoquée dans un texte médiéval avec d’être repris dans d’obscurs ouvrages ésotériques ultra-réactionnaires. Mais dans le grand public, elle était largement oubliée. Elle n’en est ainsi pas question à la télévision française en 1961 lors de l’épisode de La Caméra explore le temps consacré au procès des chevaliers du Temple dont nous avons parlé ici. Cette théorie ne sera en réalité largement diffusée qu’à partir de 1982, dans un essai pseudo-historique britannique L’Énigme sacrée (The Holy Blood and the Holy Grail – 1982) dont se moque Umberto Eco avec son roman Le Pendule de Foucault (1988). L’idée est reprise en 2003 par Dan Brown pour son best-seller mondial Da Vinci Code. À chaque fois, les Templiers sont décrits comme une société secrète surpuissante protégeant la coupe sacrée (ou ce qu’elle représente) depuis de nombreux siècles. Les auteurs de Knightfall s’inspirent largement de cet imaginaire en se replaçant à l’origine supposé de la disparition de l’artefact et des moines-soldats. Reste à savoir quel complot mystérieux (car complot il y aura certainement) se cache derrière la disparition du Graal dans la série de la chaîne History. Nous en saurons plus en regardant les prochains épisodes dont nous vous ferons un compte rendu.

William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen Âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, séries télévisées, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). Outre plusieurs articles dans des revues scientifiques, je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

À découvrir

Le procès des Templiers selon « La caméra explore le temps » (1961)

Après avoir traité de la série Knightfall, nous revenons sur un article dans lequel nous …

3 commentaires

  1. C’est un peu dingue de s’appliquer à refaire des bâtiments disparus et pourtant de laisser des problèmes aussi grossier que la taille exagérée d’un des rares encore intact et ultra-connu…

    Enfin, ça reste History…

    • Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Je pense qu’History s’applique à faire « comme si » ses séries étaient véridiques et sourcées en plaçant de temps en temps des éléments sérieux. Bon, après, comme vous dites, c’est History… et puis, si on laisse de côté toutes les erreurs, Knightfall se laisse regarder 😉

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