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Le Moyen âge chinois au cinéma : A Touch of Zen

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Grâce aux efforts de Carlotta, dont on connaît la qualité des DVDs, A Touch of Zen a été rediffusé dans les cinémas l’été dernier. Produit au cours d’un tournage fleuve (trois ans), distribué de manière rocambolesque, le film est un échec lors de sa sortie en Asie. Projeté dans sa version originelle à Cannes, il y obtient un prix en 1975. C’est le tout premier film chinois d’arts martiaux à être récompensé par le festival cannois.

Car A Touch of Zen appartient au film de sabre (wu xia pian). Si Hong-Kong, avec le studio de la Shaw Brothers, apparaît comme la capitale du « genre », Taïwan a su produire des titres de grande qualité formelle. King Hu, il est vrai, a été formé à la bonne école, puisqu’il a débuté à la Shaw Brothers avant de partir pour l’archipel taïwanais. Les amateurs peuvent se rassurer. Ils retrouveront dans ce film bien des éléments récurrents de ce type de production, tels les combats qui défient les lois de la gravité, les personnages typés (comme l’eunuque, archétype du méchant), les hauts fonctionnaires retors et cruels, la belle… Mais sur ce schéma rituel, King Hu a placé quelques éléments dissonants.

Le héros étonne et détonne. Ce n’est ni un adepte des arts martiaux ni même du sabre, encore moins un séducteur. C’est un lettré, vieux garçon, simple mais pas simplet. Il tombe amoureux de sa mystérieuse voisine, traquée dans toute la Chine par les sicaires de l’eunuque Wei. L’action se déroule sous la dynastie Ming (1368-1644), dans les marges de l’empire du Milieu. King Hu filme cette histoire, non pas dans les espaces cultivés, ni dans une ville prospère, mais dans la wilderness. Ces endroits, où la civilisation a du mal à mordre, s’avèrent propices, non seulement à l’histoire, mais aussi à l’art du réalisateur. Aussi bien dans la citadelle en ruines, envahie par les herbes folles, noyée sous des nappes de brume, que dans la forêt de bambous, le metteur en scène asservit l’espace pour en faire un théâtre : celui du combat éternel entre le juste et l’injuste, entre la félonie et l’infidélité, entre le serviteur innocent et le pouvoir inique. C’est dans les ruines, comme dans les films dits « gothiques » en Occident, que les bons (le lettré, la belle miss Yang, le général habile, un moine) vont s’unir et affronter les brutes et les méchants. King Hu nous propose donc une autre vision du melting-pot, dans un contexte géopolitique marqué par les souvenirs de la guerre civile chinoise. Les combats dans la forteresse, le mépris des hauts fonctionnaires pour la religion et le sacré ont une résonance évidente à Hong Kong et à Taïwan et évoquent une autre Chine, celle dominée par le Part communiste et le « Grand Timonier ».

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A Touch of Zen nous offre donc une confrontation avec un autre Moyen Âge que le nôtre, dont nous n’aurons hélas qu’un aperçu : armée nombreuse, administration pyramidale, importance de l’écrit, défense des frontières, rôle des moines… Cette altérité médiévale rapidement esquissée ne retire rien au plaisir du spectateur. Les combats dans les forêts sont de toute beauté. Le jeu sur la lumière réduit parfois les acteurs à de simples ombres. Le montage nerveux et le final hallucinant achèvent de faire de A Touch of Zen un grand film, ni plus, ni moins, dont l’influence a été majeure. Hou Hsiao-Hsien s’en est ainsi inspiré pour The Assassin.

Yohann Chanoir

A Touch of Zen (1971). réalisé par King Hu. Avec Chun Shih, Hsu Feng, Ying Bai, Roy Chiao… Durée : 200 min.

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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