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Le roi Arthur combat un géant

roi_arthur_geant_mont_saint_michel - copie

Geoffroy de Monmouth, Historia regum Britanniæ
Arthur combat un géant
Anchin, fin du XIIe siècle
Parchemin, [1]-114 f., 305 x 205 mm
Douai, bibliothèque municipale, ms. 880 (f. 66 v°)
© BM de Douai, cl. D. Lefebvre

« Cet étrange dessin est contenu dans l’initiale du début du texte, « Defuncto igitur Utherpendragon… » (« Donc, suite à la mort d’Uter Pendragon… ») Ce chapitre de l’Historia regum Britanniae, de Geoffroy de Monmouth, raconte comment, après la mort d’Uter, les nobles de Bretagne suggérèrent à l’archevêque Dubrice de sacrer roi son fils Arthur, alors âgé de quinze ans. La situation pressait d’élire un roi, les Saxons ayant cherché à profiter de la mort d’Uter pour faire venir leurs compatriotes de Germanie, sous la conduite de Colgrim. On voit ici le roi Arthur, Arturus rex, tranchant le cou d’un géant, Gigas, armé d’une impressionnante massue casse-tête. Le roi, portant son bouclier Pridwen sur les épaules, se saisit de la chevelure du géant de la main gauche pour mieux assurer le coup de son épée Caliburn, ou Excalibur. L’image interprète en fait un autre épisode, celui où Arthur, au Mont-Saint- Michel, vainc le géant Dinabuc, armé d’une énorme massue, tandis que son échanson Beduier est chargé de lui couper la tête. Rien n’interdit de penser qu’on est devant une réappropriation du récit biblique de David et Goliath, confortée dans le même chapitre par l’évocation de la victoire d’Arthur sur un autre géant, nommé Rithon. Le caractère singulier de ce dessin inachevé, rehaussé d’un vert sinistre, vient de ce que cette lettre historiée, la seule dans cette copie de l’Historia, n’est certainement pas due à un enlumineur « de métier ». Il y a cependant dans les traits une habileté graphique et iconographique, notamment dans la façon dont les têtes et les armes sortent du cadre de la lettre, qui suggère qu’il procède d’un original plus talentueux. Seul ici comptait le texte, à l’évidence copié rapidement, sans recherche esthétique, sur un mauvais parchemin plein de trous, de fentes recousues, avec de nombreux manques de peau dans les coins inférieurs. Les blancs de réserve des initiales de chapitres, en général restés vides, ont souvent incité les lecteurs à y mettre en œuvre une plume malhabile. »

Source : BNF, exposition « la légende du roi Arthur »

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen Âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, séries télévisées, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). Outre plusieurs articles dans des revues scientifiques, je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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