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Le suaire de Turin, une histoire médiévale

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Au cours de nos recherches sur internet, nous sommes tombés sur un article passionnant qui concerne une des images les plus célèbres du Moyen âge, le suaire (linceul) de Turin. Voilà ce qu’en dit Pierre-Olivier Dittmar, historien à l’EHESS :

« Il semblerait que tout ait été dit sur le linceul de Turin, réputé pour être « l’artefact le plus étudié de l’histoire », superlatif invérifiable. Mais une chose est sûre : l’art médiéval fait rarement couler autant d’encre, devient rarement un tel objet de débat et de polémique. »

Pourtant, Pierre-Olivier Dittmar remarque avec beaucoup de justesse que peu de gens connaissent l’histoire de l’objet au Moyen âge, depuis son apparition à la fin du XIVe siècle. Et celle-ci ne manque pas d’intérêt.

« Dès les premières mentions textuelles qui en sont faites en 1389 et 1390, les usages de cette relique posent problème. Sans reprendre dans le détail tout le dossier, il faut retenir que le suaire est d’emblée l’objet d’un débat entre les chanoines de Lirey en Champagne, qui possèdent le suaire et en organisent le culte, et l’évêque de Troyes qui le considère comme un faux (« Il découvrit la fraude (fraudem) et comment ce linge avait été réalisé avec art et cela fut reconnu par l’artisan qui l’avait réalisé ») et veut en interdire l’usage. Après une série de rebondissements, le pape tranche en 1390, en adoptant une position médiane : l’image peut être montrée, mais pas en tant que relique. »

Voilà d’ailleurs ce que dit justement le pape d’Avignon Benoît XIII (1329-1423) :

« Qui fera l’ostension devra avertir le peuple au moment de la plus forte affluence et dire à haute et intelligible voix, toute fraude cessant, que ladite figure ou représentation n’est pas le vrai suaire de notre seigneur Jésus-Christ, mais qu’elle n’est qu’une peinture ou un tableau. »

Il faut attendre le début du XVIe siècle pour que le linceul soit reconnu comme une relique :

« Le XVIe (et le XVIIe) siècle est le temps d’un premier succès d’ampleur pour la relique. Un changement de taille intervient puisque pour la première fois, elle bénéficie d’un véritable soutien institutionnel. Le 26 avril 1506, le pape Jules II instaure en effet un culte de la relique intégrant l’ensemble du dispositif capable de conférer de l’efficacité à un objet au Moyen Âge et à la Renaissance : un texte du souverain pontife assurant qu’il s’agit de « l’unique linceul dans lequel NSJC lui-même fut enveloppé au tombeau » »

Mais, c’est surtout au XXe siècle que le suaire connait un succès d’ampleur mondial.
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire l’article complet de Pierre-Olivier Dittmar en cliquant sur ce lien.
Bonne lecture

William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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