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Les fortifications de Metz : des vestiges à la 3D

L’association messine Historia Metensis, qui œuvre à la préservation et à la promotion du patrimoine de la cité lorraine, a récemment sorti un DVD : « Metz. L’évolution de la fortification au Moyen Âge« . Un travail de recherche considérable qui donné naissance à une reconstitution en 3D du bâti médiéval. Nous avons posé quelques questions à Julien Trapp, président de l’association et docteur en histoire.

Histoire et Images Médiévales : Le présent DVD reconstitue les fortifications médiévales de Metz. Un ouvrage à vocation défensive : ces murs ont-ils souvent eu à repousser des envahisseurs ?

Julien Trapp : Construite à partir de 1196, l’enceinte de Metz a permis de repousser de nombreux seigneurs voisins, en particulier le duc de Lorraine. En effet, à la fin du Moyen Âge, la cité est très prospère et ses banquiers sont leurs créanciers. Pour annuler ces dettes, ces souverains ont tenté de s’emparer de la ville à de nombreuses reprises. Les guerres les plus importantes sont celles des Quatre Seigneurs (1324), de la Hottée de pommes (1427) ou encore le siège de 1444 par le duc de Lorraine René d’Anjou. Pendant trois siècles, ces murs permettent à Metz de rester indépendante avec son propre système de gouvernement, une république oligarchique. Malheureusement, en 1552, la muraille est en mauvais état. Afin de se protéger des ambitions de Charles Quint, souverain du Saint-Empire germanique, les Messins laissent entrer les troupes françaises de Henri II dans la cité pour la protéger. La ville résiste, mais c’est la fin de la République messine.

HIM : La reconstitution en 3D nous permet de prendre la mesure d’un tel édifice, ainsi que des différentes étapes de sa construction. A-t-on une idée des moyens humains mis en œuvre pour le guet, ou l’entretien des murailles ? Les coûts d’entretien devaient aussi représenter un enjeu considérable pour la cité !

J.T : Une enceinte de cette taille – 5500 m, une des plus longues de cette partie de l’Occident médiéval – nécessitait forcément des moyens financiers et humains importants. Toutefois, il est difficile de répondre avec précision. Les archives concernant ce sujet sont muettes jusqu’au XVe siècle. Nous savons qu’en 1465, la muraille était protégée par environ 170 soldoyeurs messins. Elle était aussi entretenue par une commission de sept membres, les Sept des Murs, composée de patriciens messins. Ils avaient à leur charge un tronçon de l’enceinte et ils réalisaient régulièrement des inspections des fortifications – des visitations – pour vérifier leur bon état. Tout ceci avait un coût et engendrait la dépense de milliers de livres par an. Cet aspect est d’ailleurs en cours d’étude par M. Didiot, doctorante à l’Université de Lorraine.

HIM : La devise de Metz est « Si nous avons paix dedans, nous avons paix dehors ». Les fortifications urbaines ont-elles un rôle à jouer dans la préservation de la paix sociale ? Ont-elles contribué à l’affirmation de l’identité messine ?

J.T : Cette devise a été installée en fronton sur la porte Sainte-Barbe, peut-être à la suite de la guerre des Quatre-Seigneurs de 1324, et est aujourd’hui conservée au Musée de La Cour d’Or à Metz. Elle signifiait que si les Messins étaient unis au sein de leur cité, ils étaient plus forts pour la défendre envers les menaces extérieures. En effet, on dénombre peu de troubles intérieurs entre 1234 et 1552 et le rayonnement de la ville est important, tant au niveau politique, économique que culturel. La paix est assurée par l’aristocratie messine et un gouvernement très structuré.

 HIM : Les vestiges de ces fortifications sont-ils encore accessibles au public ? Ce travail de reconstitution doit se révéler un précieux outil pédagogique pour enseigner l’histoire de la ville…

J.T : Sur les 5500 m originels, seuls 1000 m ont été conservés dans le secteur nord-est du centre historique de la ville, le front de Seille. L’un des vestiges les plus importants demeure la porte des Allemands, véritable châtelet sur la Seille muni de son ouvrage avancé du XVe siècle. Récemment, elle a été réhabilitée et restaurée par la municipalité pour en faire un lieu culturel.

Vue de la Porte des Allemands. Cliché Historia Metensis.

Ce travail de reconstitution est le fruit de cinq années de recherches sur le terrain et dans les archives. Les bénévoles d’Historia Metensis ont réalisé un important travail de relevé et de compilation des sources. Le tout a été confronté pour obtenir une synthèse scientifique présentée dans divers articles. Toutefois, nous avons tenu à rendre cette étude accessible pour le plus grand nombre en organisant des expositions, en participant aux Journées européennes du Patrimoine ou en réalisant ce DVD. Ce travail de reconstitution est exclusivement basé sur des données scientifiques et nous le devons à un de nos membres, N. Gasseau, infographiste de profession.

HIM : L’étude et la reconstitution des fortifications ont été un travail de longue haleine. Votre association a-t-elle aujourd’hui d’autres projets du même type pour d’autres édifices messins ?

J.T : Pour le moment, nous tenons à achever notre travail sur l’enceinte médiévale de Metz, notamment en poursuivant la publication de nos recherches dans le cadre d’articles et, à terme, d’une monographie. Cela nécessite beaucoup de temps pour des membres bénévoles. Toutefois, il est probable que dans les années à venir, nous nous attelions à l’étude d’un autre monument emblématique de la ville : l’ancienne abbaye bénédictine Saint-Vincent de Metz.

Propos recueillis par Frédéric Wittner

Afin de commander le DVD, veuillez suivre le lien suivant et imprimer le bon de commande.

Pour retrouver toutes les activités de l’association ou la contacter :
www.historiametensis.fr
historia.metensis@gmail.com
et sur Facebook

À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

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2 commentaires

  1. Bien vu Mathieu. Nous avons modifié l’article en conséquence. Merci à vous

  2. René II n’étant pas encore né en 1444, il n’a pu mettre le siège devant Metz, il s’agit sûrement de René d’Anjou, duc de Lorraine de l’époque ?

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