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« Ma recherche médiévale » : Centaures et licornes

Aujourd’hui, nous échangeons avec Caroline Mounier, actuellement en Master d’études Médiévales à l’université Bordeaux-Montaigne. Elle nous parle de ses recherches portant sur l’évolution des représentations des centaures et des licornes, de l’Antiquité à nos jours. Un très gros sujet, passionnant, sur lequel nous vous proposons de revenir au travers de cette passionnante interview.

Histoire & Images Médiévales : Votre sujet s’intéresse aux centaures et aux licornes, et l’évolution de leurs représentations, de l’époque médiévale (voire plus tôt ?) aux représentations contemporaines. Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler quand les premières représentations respectives de ces deux créatures sont apparues ?

Caroline Mounier : On retrouve des représentations des centaures et des licornes dès le Ve siècle avant notre ère, elles sont pourtant bien loin de la représentation que nous pouvons nous faire aujourd’hui de ces deux créatures, et en particulier la licorne, qui dès l’Antiquité sont plutôt vus comme des montres sauvages et violents, voire même monstrueux. Ces traits physiques se retrouvent la plupart du temps dans leurs diverses représentations aussi bien artistiques, je pense aux premières représentations des fresques romaines de l’Antiquité, mais aussi dans les textes, bien que l’image de la licorne soit plus discrète comparativement à celle du centaure dont on retrouve des traces dans des œuvres classiques comme L’Illiade et l’Odysée d’Homère par exemple. Les images de la licorne ne sont quant à elles que peu nombreuses avant l’époque chrétienne.

Figurine en forme de licorne, statuette en bronze, IXe siècle av JC, collection Foroughi, Téhéran.

H&IM : Les deux créatures ont-elles quelque chose en commun ?

C.M. : En dehors de leur appartenance au monde mythologique et de leur apparence équine il n’y a pas vraiment de point commun en terme physique. Les centaures sont déjà vus comme des hommes chevaux alors que la licorne a vu ses images varier au fil du temps, passant du cerf au bouc, à l’âne et pour finir à la jument dans les images que nous connaissons aujourd’hui. Toutefois les imprécisions ou les hésitations en termes de représentations sont compréhensibles, bien qu’ils ne facilitent pas ma recherche. Un autre point sur lequel ces deux créatures se rejoignent est celui de leur existence. Il est convenu de nos jours que ces animaux font partie de l’imaginaire, relevant des fables ou du folklore, ce qui n’était pas le cas dans l’Antiquité. Pour les auteurs grecs ou romains, la licorne et le centaure étaient bien réels et faisaient partie de leur quotidien au même titre que leurs dieux, ou des grands héros comme Achille ou Hercule.

H&IM : Le centaure passe souvent comme une créature bestiale, voire dangereuse, alors qu’au contraire, la licorne a une réputation plus positive. Cela a-t-il toujours été le cas et ne peut-on pas remettre aujourd’hui en question ces idées toutes faites ?

C.M. : Je crains que le centaure doive encore paraître comme un animal plus sauvage et plus bestial que la licorne, bien que quelques centaures connus soient des exceptions à cette règle. J’évoquerais par exemple de la figure de Chiron, qui reste l’exemple type du bon centaure, sage et cultivé. Mais il n’y a qu’à voir certaines représentations plus récentes de ces créatures, qui restent figurées comme un peuple de guerriers, dans la majorité des cas. Le centaure est un être hybride composé d’un buste humain sur un corps de cheval. Vivant en horde dans les montagnes de Thessalie (Nord de la Grèce), selon la mythologie antique, il est cruel et brutal et se nourrit de chair crue. On le représente armé de différentes façons, mais il est majoritairement identifié à un archer. L’épisode victorieux des Lapithes sur les centaures, de même que celui des Grecs sur eux devant Troie, symbolisent le triomphe de la civilisation sur la barbarie. Cette tradition homérique parvint jusqu’au Moyen Âge, prenant alors forme dans le Roman de Troie. Mais les bestiaires médiévaux retiennent essentiellement la part sombre du centaure. Pendant masculin de la sirène, il y est présenté abâtardi en créature mi-homme mi-âne, aux prises avec la violence de ses instincts bestiaux et incarnant la tentation. Parmi ces créatures bestiales, Chiron, sage, accueillant et charitable, fait figure d’exception. Mais, il se différencie aussi des autres centaures par sa nature divine, puisque c’est un Titan, fils de Chronos. Il enseigne ainsi l’art de la médecine à de nombreux héros, parmi lesquels Héraclès, qui le blesse accidentellement d’une flèche empoisonnée. Souhaitant être libéré de la souffrance de cette blessure incurable, Chiron décide de mourir et de céder son immortalité à Prométhée, le délivrant ainsi de son supplice. Zeus place alors Chiron dans le ciel où il forme la constellation du Sagittaire, en référence aux sagittarii (archers de l’armée romaine). C’est sous cette forme qu’il devient une figure familière aux hommes du Moyen Âge, apparaissant comme motif décoratif récurrent dans nombre de marges de manuscrits.

Une licorne en marge d’un Livre d’Heures à l’usage de Rome. Fin XVe siècle. Angers, BM ms 134 fol. 55v.

Il ne faut pas voir non plus dans la licorne uniquement le pur cheval blanc à la longue crinière irradiant une clairière paisible, mais comme un être doté d’une réelle ambivalence. Sans être aussi meurtrière que les centaures, l’animal est alors une bête farouche, combative et redoutable, dangereux à approcher et encore plus à capturer. Dans certains textes anciens, il est même rapporté qu’elle est la seule à s’en prendre aux éléphants et aux hommes. La vision de la licorne symbole de la pureté est elle aussi à prendre avec précaution. Je prendrais ici l’exemple mis au jour par certains théoriciens et Pères de l’Église qui ont vu en elle une créature diabolique, dont il faut se protéger. Selon le psaume 21 de la Bible : « Sauve-moi de la gueule du lion, sauve ma pauvre vie de la corne de licorne », bien qu’aujourd’hui on traduirait souvent ce passage par « les cornes de buffle », un choix plus rationnel dans notre société actuelle. De même, les licornes des bestiaires médiévaux ne s’éloignent que rarement de cette image, la licorne restant  un animal sacré, auquel les autres animaux vouent un grand respect, mais qui ne se lie pas d’amitié avec eux, préférant la solitude. Ces mêmes bestiaires s’attardent énormément sur les scènes de chasse de cette bête qui ne peut être capturée et tuée que par la bien connue technique de la vierge attendant la licorne dans un bois. Une fois l’animal attiré par son odeur, les chasseurs n’avaient plus qu’a la tuer à la lance ou bien à l’arc. En revanche si la jeune fille n’était pas une vierge la licorne n’hésitait pas à la tuer avant de s’enfuir. Elle est donc à la fois meurtrière et bienfaitrice.

Extrait du film La dernière licorne, Jules Bass, 1985.

Pour ma part, je n’ai jamais été une grande admiratrice de la vision actuelle de la licorne. Je trouvais cette image fausse, et pour ainsi dire, un peu « niaise ». Le centaure, quant à lui, aspirait davantage à des sentiments de puissance et d’exaltation guerrière qui me parlaient davantage durant une enfance turbulente ! Travailler sur ce sujet m’a permis de relativiser quelque peu. Je n’apprécie toujours pas les licornes actuelles, mais leurs homonymes plus anciens ont tout mon respect. Cela étant dit, je pense qu’il sera complexe de battre en brèche ces idées préconçues des licornes adorables. C’est un peu comme si dans un film pour enfants, la licorne se mettait à tuer des gens : je ne pense pas qu’il aurait beaucoup de succès !

H&IM : Vous évoquez le cas moins connu des centauresses et globalement, d’un phénomène de féminisation de ces créatures. Pourquoi, à votre avis, un tel glissement ?

C.M. : Ce n’est pas tant un véritable phénomène de féminisation qu’une nouvelle façon de représentation. La licorne prend très tôt le caractère féminin, notamment avec ces histoires qui la lient avec des jeunes vierges, mais aussi parce que son image de bonne licorne se développe de plus en plus, avec la nouvelle vision de la licorne comme animal chaste et pur. Certains n’hésitent pas à faire d’elle une auxiliaire de Dieu, voire même son messager. On a de nombreux exemples d’interprétations symboliques, la blancheur de son pelage renvoyant à la virginité et sa corne aux boucliers, lances ou bien encore à une émanation de l’Esprit saint, certains voient même dans la licorne une image du Christ. Si ce sujet vous intéresse, je vous encourage à lire l’ouvrage de Louis Charbonneau-Lassay sur le bestiaire du Christ.

Centauresse archère, détail d’une marginalia du Livre des hystoires du Mirouer du monde, vers 1401-1500, Ms fr 328 fol 33, Bibliothèque Nationale de France, Paris.

Les centauresses apparaissent aussi dans les productions antiques, on peut par exemple en voir sur une mosaïque du IVe siècle au Bardo Muséum de Tunis. Ou bien dans quelques marginalia du Moyen Âge comme le psautier The Rutland Psalter, un manuscrit de 1260, ou bien encore dans  Livre des hystoires du Mirouer du monde (XVe s.). Ces figures féminines restent cependant rares. Le motif de la centauresse apparaît plus tardivement dans la littérature et a été moins fréquemment utilisé dans les représentations antiques. Dans la littérature, la première mention de la centauresse se trouve dans les Métamorphoses d’Ovide, où l’auteur raconte l’histoire d’amour tragique entre le Centaure Cyllaros et son épouse Hylonomé. Mais c’est surtout à la Renaissance que l’on rencontre un véritable phénomène d’humanisation progressive des hybrides monstrueux en partant des textes et œuvres antiques. De fait, de nombreux artistes vont représenter non plus des centaures antiques en guerre, dévorant de la chair humaine, mais des familles de centaures dans leur quotidien, avec leurs petits, ou bien dans des scènes de séduction. Pour le coup, la licorne, grande « star » du Moyen Âge, laisse quelque peu sa place sans pour autant disparaître. La figure de la centauresse fait donc progressivement son retour sur le devant de la scène. On trouve plusieurs grands artistes durant cette période qui se sont inspirés des textes antiques pour leurs œuvres, c’est par exemple le cas de Botticelli en 1492 avec sa peinture, Pallas et le centaure ou même encore de Rubens avec deux œuvres de 1630, L’éducation d’Achille, et de 1635, Les amours des centaures.

H&IM : La production contemporaine (littérature, cinéma, BD, etc.) – nous pensons notamment à toute la production fantasy – est-elle tributaire de cette évolution de l’image de ces deux créatures ?

C.M. : Notre culture est forcément tributaire du legs des cultures anciennes, et je trouve que cela reste particulièrement vrai pour les ouvrages ou films issus de la fantasy, que l’on peut croiser de nos jours. Il suffit de prendre divers exemples issus de cette culture et mis à la disposition du plus grand nombre pour s’en rendre compte. C’est par exemple le cas des films et ouvrages tel que la saga des Harry Potter de J.K Rowling. Dans les livres et même les films qui en sont issus, nous trouvons les figures des centaures et des licornes. Les licornes sont étudiées par les jeunes sorciers durant un cours de Soin aux créatures magiques et leurs représentations ne laissent aucun doute quant à la vision que l’auteur a de ces créatures, ce sont des juments à la robe d’un blanc pur dont le crâne est surmonté d’une longue et imposante corne et que seules les jeunes filles peuvent approcher.

Les centaures ont aussi la part belle dans les rares occasions où on peut les apercevoir. Dans les films, ils sont davantage représentés comme des chevaux humanisés, plus que moitié homme, moitié cheval. Ici, presque aucune séparation physique réelle, l’animal est totalement assimilé. Et le côté sauvage et dangereux de ces êtres et lui aussi mis en avant dans la scène où ils attaquent  Dolores Ombrage dans L’Ordre du phœnix. Qui plus est, nous avons également la figure du bon centaure Chiron en la personnification du centaure Firenze qui aide Harry Potter dans le premier tome de la saga, avant de devenir professeur à Poudlard. Dans un même registre, on retrouve également des centaures et des licornes dans la saga de Narnia de Clive Staples Lewis. Les licornes gardent cette apparence de cheval magique et pur, se distinguant quelque peu, si bien que dans le film on puisse voir le jeune Edmund monter une licorne durant la bataille finale. Mais encore une fois les licornes sont du côté des « gentils ». Les centaures sont vus comme une race de guerriers, la plupart des centaures mâles sont des combattants, tandis que les femelles sont de redoutables archères, comme on peut le voir dans film Le prince Caspian, mais aussi comme des êtres de bons conseils. C’est en somme un condensé des différentes versions que l’on pourrait trouver.

Extrait de Narnia, Le prince Caspian, Andrew Adamson 2008.

Dans un registre totalement différent, il y a aussi les images qui nous sont renvoyées par des films de Walt Disney, je parle ici du Fantasia de 1940 avec des centauresses aux courbes de pin-up, ou bien encore d’Hercule de 1997 avec le personnage du centaure poursuivant l’une des protagonistes. Notre culture de la fantasy est basée sur la vision que nous ont transmise les plus anciens. Les licornes sont toujours du côté des bons, son évolution dans les univers plus enfantins tels que, entre autres, My Little Pony, lui donne une image plus mièvre, au point qu’elle est souvent parodiée dans la culture populaire, contrairement aux centaures qui semblent rester dans leur stéréotype très masculin.

H&IM : Parlons plus spécifiquement de la période médiévale : on sait que la licorne a particulièrement fasciné le Moyen Âge. Qu’en est-il du centaure, est-il souvent mentionné dans les bestiaires ou d’autres sources textuelles, ou représenté ?

C.M. : Il est vrai que la licorne est la grande « star » des bestiaires et des enluminures médiévales. Le centaure reste quant à lui plus timide sur le plan iconographique.  Il est rare de le trouver en tant que telle dans les textes ou les enluminures, la plupart du temps il se contente des marginalia ou de l’intérieur des lettrines. Mais il y existe bel et bien, on en trouve d’ailleurs des exemples dans plusieurs manuscrits médiévaux et même parfois quelques centauresses dissimulées dans une lettrine ou au détour d’une page enluminée. On le retrouve plutôt dans le domaine architectural, dans les tympans des églises par exemple. Sa nature profonde et malsaine, qui en fait le pendant masculin de la sirène, est propice à ce genre de représentations.

 H&IM : Quelles sont les principales sources à votre disposition pour l’époque médiévale ? On a par exemple évoqué les bestiaires…

C.M.  : Je travaille énormément avec les bestiaires du Moyen Âge, mais ce ne sont pas mes seules sources. Il existe aussi de nombreuses représentations en marge des manuscrits, dans les psautiers ou les livres d’heures… Le motif de la bonne licorne est un motif religieux. Il n’est donc pas rare que certains manuscrits religieux présentent quelques représentations de cet animal, comme c’est le cas pour les psautiers ou les livres d’heures. Je pourrais citer ici le cas du psautier The Rutland Psalter, daté de 1260, où l’on voit des centaures ou bien le Livre d’heures de Charles d’Angoulême, daté de 1475-1500 où ce motif apparaît également. Il en va de même pour le motif de la licorne. Mais mon sujet s’étend également à d’autres supports, comme l’architecture médiévale, avec par exemple le détail du bas-relief du tympan de la porte de l’escalier, dans la cour intérieure de l’Hôtel d’Albiat (Clermont-Ferrand) datant du XVe siècle ou même encore des objets comme un centaure-aquamanile en métal datant de 1200–1225. Il ne faut se fermer aucune porte.

Modèle de deux licornes, détail de The tudor Pattern book, vers 1520, Ms Ashmole 1504 fol 37, The Bodleian Library, Oxford.

H&IM : Quel est l’état de la recherche sur ces questions ? La licorne doit l’emporter haut la main en termes de documentation et d’étude… (n’hésitez pas à citer quelques travaux de référence auxquels vous avez pu avoir recours)

C.M. : De nombreux historiens se sont penchés sur la licorne, l’animal ou bien la symbolique. Cependant, nous sommes loin  d’en avoir fait le tour, malgré l’abondance des textes et des images mettant en valeur la licorne. Du reste, bien que le monde animal soit devenu un objet de recherche et d’étude à part entière, nombreux sont ceux qui ne se penchent que sur les animaux « réels ». Les animaux issus de l’imaginaire n’ont pas encore fait l’objet de nombreuses études historiques. On peut cependant citer des travaux sur les cabinets de curiosité, mais les écrits concernant la seule licorne, principalement datés du XXe siècle. On pourrait citer comme exemple la thèse de Bruno Faidutti en 1996, Images et connaissance de la licorne (fin du Moyen Âge-XIXe siècle) ou bien encore le livre de Michel Pastoureau en 2013 Les secrets de la licorne.

Le Gout, détail de la tenture de la dame à la licorne, 1500, Musée de Cluny, Paris.

Il en va de même pour la question des centaures. Ce dernier thème semble encore plus rarement exploité par les historiens actuels. Je ne prétends pas encore connaître tous les travaux en cours ou publiés traitant de ce genre de sujet : il m’arrive encore de tomber sur des ouvrages au détour d’une brocante ou d’une allée en bibliothèque ! Mais je constate que les historiens ou historiens de l’art ne se sont pas beaucoup penchés sur lui, d’un point de vue iconographique ou même dans sa représentation dans les textes antiques, médiévaux ou plus contemporains. Citons tout de même citer quelques études comme les ouvrages de Jacqueline Leclercq-Marx, et son très bon article « La sirène et l’onocentaure dans le Physiologus grec et latin, et dans quelques Bestiaires » paru en 2005 ou ceux d’Anne Blanc, qui a mis en évidence la présence du motif du centaure dans l’art roman dans Monstres, sirènes et centaures: symboles de lart roman en 2006. Et bien sûr, celui de Georges Dumézil, Le Problème des Centaures. Etude de mythologie comparée indo-européenne de 1929.

Propos recueillis par Frédéric Wittner

Un couple de centaures dans les bois, huile sur toile de Trübner Wilhelm, 1878, Collection privée.

À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

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