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Moyen âge et superhéros : à la croisée des mythes

Bob Layton Sr (scénario), Dick Giordano (dessins), Batman: Dark Knight of the Round Table, #1, 1999. La comparaison entre Batman et un chevalier (de la Table ronde) est explicite dans ce comic-book de 1999. Mais elle est aussi présente depuis le début des aventures du "chevalier noir"
Bob Layton Sr (scénario), Dick Giordano (dessins), Batman: Dark Knight of the Round Table, #1, 1999. La comparaison entre Batman et un chevalier (de la Table ronde) est explicite dans ce comic-book de 1999. Mais elle est aussi présente depuis le début des aventures du héros de Gotham City.

Le genre des superhéros, né en 1938 avec l’apparition de Superman (dans Action Comics #1) est lié à la science-fiction et à l’espoir d’un futur radieux amené par la science et le progrès. Superman lui-même est ainsi surnommé « l’homme de demain » (« The Man of tomorrow »). Pourtant dans la lignée de la BD arthurienne Prince Valiant diffusée à partir de 1937 (dont nous avons longuement parlé ici), nombre de créateurs de comics se sont inspiré de l’imaginaire médiévaliste (rappel : le médiévalisme désigne les représentations contemporaines du Moyen âge) pour créer leurs superhéros. Pensons par exemple au Shining Knight, chevalier arthurien projeté dans l’Amérique contemporaine (pour en savoir plus, cliquer ici), mais aussi Batman (vite surnommé, et ce n’est pas un hasard, le « chevalier noir » – « The Dark Knight ») et Robin, dont le nom renvoie explicitement à Robin des Bois. Il faut également évoquer Captain America, dont le premier bouclier, en forme d’écu, renvoie aux guerriers médiévaux chrétiens en lutte contre les barbares, associés eux aux nazis. Cela n’a rien de nouveau. Les Américains se voyaient déjà comme des « croisés » luttant contre les « Huns » durant la Première Guerre mondiale (nous en parlions ici). Sans compter que nombre de superhéros sont allés visiter la cour du roi Arthur, copiant ainsi le très célèbre roman de Mark Twain, Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur (que nous avons analysé ici).
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à télécharger (en cliquant sur ce lien) l’article « Superhéros et Moyen âge », paru en novembre 2015 dans le 12e numéro de l’excellente revue Kaboom.

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Pour aller plus loin, nous nous permettons aussi de rajouter un élément déniché entre temps (merci au passage à Vincent Martini de nous avoir mis sur la piste). La première équipe de superhéros, la Justice Society of America, apparaît durant l’hiver 1940 dans les pages de All Star Comics #3 (hiver 1940). Lorsqu’ils se réunissent, ce n’est pas pour décider comment lutter contre le crime, mais pour raconter autour d’une table (ronde) leurs exploits à leurs camarades en cape et en collant. Tout cela rappelle évidemment la Table ronde, inventée par Wace dans son Roman de Brut (v. 1155), dans lequel il est dit (vers 9747-9758) qu’ « Arthur a fait la Table ronde, autour de laquelle les Bretons racontèrent de nombreux hauts faits ». Lorsque l’on sait à quel point la légende de Camelot était populaire aux États-Unis (et le reste encore aujourd’hui), rien de bien étonnant que les chevaliers du Graal aient servi de modèles au premier groupe de superhéros.

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All Star Comics, #3, hiver 1940. Les superhéros de la Justice Society of America se réunissent autour d’une Table ronde pour raconter leurs exploits. Flash est le premier d’entre eux.

Le motif de la Table round se retrouvera plus tard associé avec de nombreux autres groupes de superhéros, comme, par exemple, la Justice League of America.

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William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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