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Le Moyen âge se rebiffe. Le Roy des ribauds

Voilà une BD qui change des récits historiques classiques en cases. Pleine d’action et de fureur, Le Roy des Ribauds de Vincent Brugeas au scénario et Ronan Toulhoat aux dessins, décrit les sombres aventures d’un espion aux ordres de Philippe Auguste dans le Paris de la fin du XIIe siècle revisité à la sauce comics (voir un critique complète ici). Pour en savoir plus sur cette bande dessinée à lire et à relire sans modération (d’ailleurs, le troisième tome vient de sortir aux excellentes éditions Akiléos), nous avons interviewé ses deux auteurs.

Histoire et images médiévales : D’où vous est venue l’idée de placer l’action de votre bande dessinée à la fin du XIIe siècle à Paris ?
Vincent Brugeas :
L’idée de départ vient tout d’abord de cette charge du Roy des Ribauds, qui court sur un peu plus de 200 ans. Après avoir déniché cet office si particulier et si prometteur, je me devais donc de choisir l’époque du nôtre. 1200, 1300, 1400 ? Guerre de Cent Ans ? Le règne de Louis XI l’Universel Araigne ? Les options, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, ne manquaient pas. Cependant, j’avais avec Philippe Auguste un avantage considérable ; je pouvais raconter l’histoire du premier de ces Roy des Ribauds, puisque la charge fut créée sous son règne.
Je devais donc créer un roturier assez puissant, avec des connexions à la cour et dans les bas-fonds, un homme dont les talents auraient pu pousser un roi, fin politicien, à créer une charge à sa mesure. Un challenge des plus tentants si l’en est.
De plus, cette période représente pour beaucoup le Moyen Âge classique, celui de Robin des Bois, d’Ivanhoé. Les figures mythiques ne manquent pas, en commençant par Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion ou Aliénor d’Aquitaine. Des personnages intéressants pour ancrer mon récit dans un cadre réaliste.
Enfin, cette première guerre de Cent Ans avec l’affrontement entre les premiers Capétiens et l’Empire Plantagenêt reste l’une de mes périodes historiques favorites. Le roi Philippe Auguste, particulièrement, me fascine.

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HIM : Votre BD met en scène des anti-héros et tourne autour de la politique, un peu comme Game of Thrones. Cela vous a-t-il influencé ?
VB :
La lecture du Trône de Fer, au début des années 2000, à quinze ans donc, m’a profondément marquée. Cette lecture a suivi de peu celle des Rois Maudits. Elles font désormais partie de mon ADN de scénariste. Je n’écris pas du Game of Thrones (comme beaucoup de critiques le soulignent avec justesse) parce que c’est vendeur depuis le raz de marée provoqué par la série. En fait, c’est plutôt l’inverse. Mes récits à la Game of Thrones fonctionne parce que c’est dans l’air du temps. Alors, j’en profite au maximum.
C’est pour produire ce genre de récits que j’ai envie d’écrire. J’aime avant tout l’Histoire militaire, politique et diplomatique ainsi que la géopolitique. Les intrigues, les batailles, les complots me passionnent. En lisant le Trône de Fer, je n’arrêtais pas de me répéter : « Bon Dieu, mais c’est ça que je veux écrire ! Il existe un public, alors je peux le faire ! »… Un public qui n’a d’ailleurs jamais été aussi vaste depuis 6 ans !!
Ce n’est donc pas qu’une simple influence. Cependant, cet ADN se situe avant tout sur la forme du récit et non sur l’aspect médiéval des choses.Mon récit est médiéval, certes, mais les intrigues de palais de l’Empire Romain, celles des Daimyos de la Guerre du Gempei (du Japon médiéval, NdR), des barons de la drogue en Amérique Latine ou encore les intrigues de Warwick (grande figure de la guerre des Deux-Roses. NdR), grande inspiration de G. R. R. Martin, m’intéresse grandement.
Pour ce qui est des anti-héros, je dirais tout simplement que mes personnages sont de simples humains. Ni bons, ni mauvais. Ils ont des ambitions, des envies, des objectifs qui différents, source d’affrontements. Je ne peux pas écrire autrement. Cela crédibilise le récit et rend les personnages bien plus authentiques. Après avoir lu énormément de livres d’Histoire, la notion de méchant apparaît bien trop dérisoire. Tout est une question de point de vue ! Pour le lecteur, les méchants ne sont que ceux qui s’opposent à nos héros, même s’il leur arrive d’être parfois dans leurs bons droits !

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HIM : On sent nettement, dans le Roy des Ribauds, une influence des comics urbains, comme Batman voire Sin City. Y en a-t-il d’autres ?
Ronan Toulhoat :
Il faut d’abord savoir que le Roy des Ribauds est un projet qui a maturé pendant une dizaine d’années. L’idée étant née en 2004.
Après la sortie de Block 109, j’avais assez envie de le faire, mais je ne me sentais pas prêt graphiquement. En effet pour ce type de récit, il fallait une ambiance de contraste. Une ambiance de polar, noire, dure… J’avais en tête les illustrations de Mike Mignola, de Eduardo Risso (100 bullets, entre autres) de Frank Miller…Mais également de Alex Toth. Tout en étant marqué depuis toujours par des artistes français comme Jean Giraud, Mathieu Lauffray ou Alex Alice (eux-mêmes inspiré par les grands auteurs américains…la boucle est bouclée).
Bref, je voulais pouvoir maitriser l’art de l’encrage, du noir et blanc. J’estimais, à la sortie de Block 109 que je n’étais pas prêt, loin de là. Mais c’est en travaillant sur notre série suivante Chaos Team, que je me suis jeté à l’eau en réalisant chaque couverture d’épisode de 22 pages en noir et blanc, dans cette logique du contraste narratif très fort !
Je m’y suis mis et peu à peu c’est venu. Et quand nous nous sommes attaqué au Roy des Ribauds, j’étais plus que prêt !

HIM : Vous avez fait un gros travail sur les ombres, les contrastes, alors que les couleurs sont plutôt mâte. Pourquoi un tel choix ?
RT :
Justement, les pages reposent essentiellement sur l’ambiance imposée par le jeu de noir et blanc comme je l’ai dit plus haut. Un grand principe de graphisme, c’est l’équilibre. Le noir et blanc étant ma valeur forte, il fallait des couleurs sobres qui viennent souligner le travail d’encrage,e et non l’écraser. D’où une continuité de la réflexion en contraste et surtout en lumière, par des aplats de couleurs qui s’opposent (lumière jaune, ombre violette/bleu). Cela permet de donner une réelle identité forte à la série.

Propos recueillis par William Blanc

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À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques et je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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