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Northemen : A Viking Saga

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Les Vikings sont de retour ! Les hommes du Nord sont partout, aussi bien sur le petit écran (avec la série de la chaîne History) que sur le grand.

Dans cette renaissance, le meilleur (Dagmar, L’âme des Vikings) côtoie le pire (Outlander, le dernier Viking) voire l’insolite (Le Guerrier silencieux). Avant ce revival, on trouvait trois grandes « écoles » du film de Viking. L’Américaine, symbolisée par le chef d’œuvre de Richard Fleischer en 1958, l’italienne, avec un viking-spaghetti modique, mais capable d’accoucher de très bons films, comme La Ruée des Vikings de Mario Bava, et, enfin, la scandinave (La Mante rouge), soucieuse d’exalter un passé fondateur. La résurrection du « genre » a permis l’émergence d’un nouveau pôle composé de studios internationaux désireux de surfer sur une vague profitable. Northmen : A Viking Saga relève de ce dernier groupe.

L’histoire est assez sommaire. Une expédition viking est prise dans une violente tempête. Les rares survivants, conduits par le timonier Asbjörn, se retrouvent en Alba (actuelle Ecosse). À peine arrivés, ils livrent bataille contre un groupe de soldats. Ils capturent une jeune et jolie princesse, qui n’est autre que la fille du roi de la contrée. La rançon qu’ils pourront exiger pour sa libération leur permettra d’être acceptés dans la lointaine colonie viking de Danelagh. Mais la route est longue et dangereuse, d’autant que le roi d’Alba dépêche une horde de mercenaires pour les traquer. Dans leur périple, ils seront aidés par un moine -clone de Frère Tuck- aussi bon avec une Bible qu’avec un bâton, et par la princesse, qui succombe au syndrome de… Stockholm (évidemment). Le fait qu’elle ait des pouvoirs de divination donne au film de légères allures d’heroic fantasy. Le film offre donc un incroyable mélange de références, où le médiéviste perd vite son latin mais où le cinéphile peut trouver son miel.

Northmen… est un film d’action. Qui recherche des combats y trouvera de quoi se sustenter avec l’épice de l’hémoglobine et quelques bonnes pincées de gore. Les effets spéciaux sont toutefois de qualité médiocre, certaines scènes sont invraisemblables (notamment celle de la fin). Le rythme est assez rapide et laisse peu de place à l’ennui. Si sur le plan filmique, cet énième avatar des Vikingmovies peut séduire, sur le plan historique, c’est différent.

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L’historicité est, en effet, assez aléatoire. L’union entre des chrétiens et des païens en surprendra plus d’un. Mais il est vrai que la religion des Vikings est ici réduite aux mentions récurrentes du Valhalla, à un bûcher funéraire et à un médaillon couvert de runes que chacun garde jusqu’à ce qu’il meurt. Ce médaillon est ainsi plus traité comme une plaque d’identification militaire que comme un signe de piété. Ces Vikings parlent d’ailleurs comme des soldats américains, avec un argot digne d’un GI patrouillant dans les rues de Bagdad. Ce qui sonne bien peu médiéval, on l’avouera. Les mercenaires, les méchants du cru, sont traités comme des brutes épaisses, prétendument une élite, mais qui se font décimer par notre poignée de héros, de quelques claquements de doigts. Ces soldats qui se vendent ont aussi une conscience politique autonome, et leur chef, tel un Iznogoud du Nord, veut devenir roi à la place de son employeur. Ils incarnent ainsi la figure du traître à la fidélité aléatoire. Ils seront naturellement châtiés in fine, au nom de ce processus de retour à l’ordre si cher au cinéma qu’évoquait Roland Barthes.

Ce film renforcera donc l’idée que les Vikings étaient de solides gaillards, sanguinaires, très bons combattants, aux longs cheveux, mal rasés, n’ayant peur de rien, même pas que le ciel leur tombe sur la tête. Cela relève davantage du folklore que de l’histoire. Une fois de plus, les hommes du Nord, autant marchands qu’explorateurs ou qu’artisans (de nombreuses expositions l’ont rappelé), attendent le réalisateur qui les sortira de ces clichés.

Yohann Chanoir

Northmen : A Viking Saga, 2014.
Réalisé par Claudio Fäh
Suisse, RFA, Afrique du Sud
97 min.

À propos de Yohann Chanoir

Agrégé d'Histoire, doctorant à l'EHESS (CRH-GAM, UMR 8558), auteur de plusieurs contributions scientifiques, Yohann s'intéresse à l'écriture de l'histoire par le cinéma. Il étudie plus particulièrement la manière dont les films évoquent le Moyen Âge. Il participe depuis deux ans à l'aventure d'Histoire et Images médiévales.

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Un commentaire

  1. Ho oui les vikings au cinéma, on y a eu droit plein de fois. Et parfois c’est chaotique, parfois moins. Et parfois on a ça : https://lafaquinade.wordpress.com/…/le-treizieme-guerrier/

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