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Quand Tolkien rencontre Duby. Le retour du Bâtard de Kosigan

Enfin ! Après plus d’un an d’absence, le bâtard de Kosigan est de retour pour un troisième tome intitulé Le Marteau des sorcières. Le héros (pardon, l’anti-héros) des romans de Fabien Cerutti, publié aux excellentes éditions Mnémos, nous plonge, comme lors des deux derniers opus de ses aventures (dont nous parlions ici et qui viennent d’être édités en poche), dans une Europe du XIVe siècle un peu différente que celle que nous connaissons. La magie n’y a pas encore disparu (mais gare à l’Inquisition), alors que les elfes, les nains, les trolls et les dragons vivent encore au beau milieu du royaume de France de Charles V (mais pour combien de temps ?). Une belle réussite romanesque (encore une fois) mélangeant allègrement histoire et fantasy que décrypte pour nous son auteur :

Histoire et Images médiévales : Tu parles beaucoup des sorcières dans ce troisième tome. Vu que ce stéréotype n’a pas grand-chose à voir avec le Moyen âge historique, est-ce tu t’es inspiré plutôt d’œuvres de fictions récentes, comme le film Black Death ?

Fabien Cerutti : Non, pas spécialement, je construis un type de sorcières différentes, censées pratiquer de véritables incantations magiques et qui tirent leurs pouvoirs de scarifications runiques gravées dans leur chair (d’inspiration Islandaise) et de rites sacrificiels de type antique (d’inspiration grecque ou celte). Elles ne dédaignent pas user de filtres, poisons et potions à l’occasion, mais elles ne volent pas à cheval sur un balais et ne sont pas rebouteuses.

HIM : Est-ce que tu continues à te documenter dans des ouvrages d’historiens et d’archéologues, même si ton récit est totalement fictionnelle.

FC : Je me suis énormément documenté pour le tome trois, où il fallait faire en sorte d’expliquer clairement et de façon étayée pourquoi et comment la magie avait disparu de l’histoire et des mémoires entre le XIVe et le XIXe siècle. J’ai utilisé Pierre Riché (la magie à l’époque carolingienne); Jean Favier et les Annales de Bretagne, pour Charlemagne et Alcuin ; je me renseigne sur ce que César ou Pline l’ancien disaient des druides, etc.
Mon récit est, comme tu le dis, totalement fictionnel, mais je me suis attaché à ce qu’il soit plausible.

HIM : On a l’impression que tu aimes bien les anti-héros. Est-ce un effet Game of Thrones comme pour les auteurs du Roy des Ribauds ?

FC : Je pense que pour tous ceux qui ont été élevés avec des histoires de héros au grand cœur, loyaux et indéfectibles, ont une tendance naturelle à s’orienter vers les anti-héros. L’anti-héros est plus humain, il n’est pas pure lumière, impossible à imiter ou à égaler, il est plus « vrai » que le héros, plus crédible en quelque sorte. Cependant mon chevalier Pierre Cordwain de Kosigan n’est pas non plus un salaud fini, comme on peut lire certaines de ses pensées, on voit qu’il respecte la loyauté, qu’il essaie de limiter l’usage de la violence quand il le peut, qu’il est fidèle à ses hommes et qu’il a somme toute une certaine déontologie. Malgré cela, sa priorité reste de toujours retomber sur ses pattes, et ce qu’il consent parfois à faire pour y parvenir n’est pas toujours honorable.

HIM : Tu as aussi écrit une excellente nouvelle « Le livre des merveilles du monde » (éditée dans le recueil Destinations. Anthologie des Imaginales 2017 – Mnémos, 2017.), inspiré des récits de voyage médiévaux. Ce récit vient compléter l’univers fictionnel du bâtard de Kosigan. Peux-tu nous en dire plus ?

FC : C’est un récit qui raconte le voyage de Jehan de Mandeville en direction de la Chine du XIVe siècle, au service de la comtesse de Champagne afin de retrouver les secrets des Jins elfiques d’Asie. Il passe par la Méditerranée, la Syrie, la Perse, le Nord de l’Himalaya. Avec un petit goût de Marco Polo et toujours un ancrage dans la réalité puisque Jehan de Mandeville a réellement existé et qu’il a écrit le livre de ses voyages (pour beaucoup présumés fictifs par les historiens, car évoquant parfois des races étranges et non humaines).

HIM : Sans vouloir te casser les pieds, j’ai fini le tome 3 très très rapidement. À quand le 4 ?

FC : Il est en beta lecture et sortira en mai! 🙂

Propos recueillis par William Blanc

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À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen Âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). Outre plusieurs articles dans des revues scientifiques, je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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