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Retour sur « le Petit Thalamus » avec Vincent Challet

petit_thalamusDepuis une dizaine d’années, les historiens médiévistes retournent au plus près des sources. Chartes et manuscrits sont ainsi analysés sous un œil neuf, entraînant des découvertes étonnantes. L’édition en ligne du Petit Thalamus, manuscrit montpelliérain, complétée par une exposition à la faculté de médecine de Montpellier, constitue un des meilleurs exemples de cette nouvelle érudition. Pour en savoir plus, Histoire et Images médiévales est allé à la rencontre de Vincent Challet, maître de conférences à l’université Montpellier 3 et coordinateur scientifique du projet ANR (Agence Nationale de la Recherche) Thalamus.

Histoire et Images médiévales : Pouvez-vous nous présenter le Petit Thalamus ?
Vincent Challet : Le Petit Thalamus n’est pas seulement un manuscrit médiéval, il constitue en réalité un corpus documentaire composé de 8 manuscrits composés entre 1221 et 1320 environ. Ces manuscrits contiennent à la fois un corpus juridique (coutumes de Montpellier, établissements, serments des officiers) et un corpus que l’on pourrait qualifier de mémoriel (listes consulaires (1), annales de type événementiel). Il constitue donc de ce fait un ouvrage fondamental dans l’émergence d’une conscience urbaine médiévale.

HIM : Comment les pouvoirs urbains de Montpellier se servaient-ils de cet ouvrage ?
VC :
C’est précisément l’usage de ces manuscrits qui explique leur multiplication. En effet, ces manuscrits sont pour la plupart des manuscrits d’usage, utilisés quotidiennement par les officiers de justice du consulat pour trancher des litiges en fonction des coutumes dont ils doivent avoir le texte. Ces manuscrits servent également à prêter serment et à consigner la mémoire du consulat.

HIM : Vous avez décidé d’éditer en ligne le Petit Thalamus. Pourquoi ? Est-ce pour retranscrire la complexité du document ?
VC :
L’édition électronique permet tout d’abord de rendre disponible ces textes à l’ensemble des chercheurs et à tous les Montpelliérains de manière plus générale. Elle a donc une dimension essentielle de restitution, d’autant qu’elle donne à voir les images du ms AA 9 via la numérisation. D’autre part, seule une édition électronique pouvait permettre de mettre en regard les différentes versions du Petit Thalamus, de les comparer et donc de mettre en évidence la genèse du texte le plus tardif et les remaniements dont le Petit Thalamus a fait l’objet. Enfin, seule une édition électronique pouvait générer des index de lieux et de noms aussi performants, jouant sur plusieurs manuscrits, et constituer un outil ultérieur de recherche pour la prosopographie des élites consulaires ou la lemmatisation de la langue, que ce soit en français ou en occitan.

HIM : Une exposition se tient actuellement à Montpellier autour du Petit Thalamus. Pouvez-vous nous en donner un rapide avant-goût ?
VC :
L’exposition est ouverte depuis le 19 novembre. Elle est exceptionnelle parce que nous avons pu réunir pour la première fois l’ensemble des manuscrits conservés du Petit Thalamus, prêtés par différentes institutions (BNF, Archives Nationales, B.M de Nîmes, Bibliothèque Royale de Bruxelles, Faculté de Médecine de Montpellier), ce qui permet d’embrasser d’un seul regard l’évolution de ces manuscrits et d’étudier précisément leur décor. En outre, l’exposition permet de mettre en rapport d’autres documents (chartes, registres) issus des Archives Municipales de Montpellier et qui éclairent la genèse et l’évolution du Petit Thalamus.

HIM : On sent actuellement, chez les historiens, un besoin de revenir au plus près des sources. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
VC :
L’interrogation des sources constitue l’essence même du métier d’historien et ce retour aux sources s’avère d’autant plus fondamental aujourd’hui en un moment où n’importe qui a tendance à s’intituler « historien » sans en avoir la formation nécessaire et la plupart du temps pour raconter n’importe quoi. Le retour aux sources est aussi une manière de témoigner d’une expertise nécessaire et de décrypter la manière dont on écrit l’histoire pour paraphraser Paul Veyne.

Propos recueillis par William Blanc

POUR EN SAVOIR PLUS

Notes
1. Les consuls au nombre de 12 sont élus pour un an à la suite d’une procédure qui mêle cooptation et tirage au sort ; ils représentent des métiers si bien que l’on y trouve pas seulement des bourgeois, marchands et changeurs mais aussi des représentants de l’artisanat (charpentiers, tanneurs ou maçons par exemple) et des laboureurs. Note de Vincent Challet.

À propos de Frédéric Wittner

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