Accueil / Interview / Roman : le Journal D’Amaury – Entretien avec Joëlle Delacroix

Roman : le Journal D’Amaury – Entretien avec Joëlle Delacroix

Nous présentons aujourd’hui un roman jeunesse, Le Journal D’Amaury : Vikings sous les murs de Paris 885-887, qui ravira les jeunes passionnés du Moyen Âge, plus particulièrement ceux de la période des Vikings. Joëlle Delacroix, l’auteure, a accepté de répondre à nos questions et d’évoquer sa démarche de création et sa vision de la transmission de la matière historique, par le biais de la littérature. Précisons qu’elle avait déjà publié un article très complet sur le sujet du siège de Paris par les Vikings en 885-887, dans notre magazine puis sur notre site.

Histoire et Images Médiévales : Vous revenez, avec ce nouveau roman, sur l’épisode du siège de Paris par les Vikings (885-887), sur lequel vous avez déjà travaillé et publié en vous tournant d’abord vers le camp des  Vikings. Qu’est-ce qui vous a incité à y revenir ?

Joëlle Delacroix : J’ai trouvé que cela serait intéressant de présenter cet événement à des adolescents. La période du Haut Moyen Âge et des Vikings est à peine enseignée dans les manuels scolaires. Pour beaucoup de jeunes, le Moyen Âge est une période barbare dans laquelle les hommes sont sales, illettrés. Non : le Moyen Âge et la période viking sont peuplés d’hommes et de femmes qui se lavent et se changent de la tête aux pieds tous les samedis ; certains savent lire et écrire et ils produisent de magnifiques ouvrages enluminés, des chants et des sagas. Ils forgent des bijoux de toute beauté. Ils voyagent. Les Vikings possèdent des navires qui sont des merveilles au niveau de la navigation. Ils possèdent un panthéon de dieux extraordinaires auxquels il advient des aventures improbables. Et puis, le siège de Paris est aussi une grande aventure avec ses héros, le comte Eudes, l’évêque Gauzlin, et ses combats…

H&IM : La narration se fait du point de vue d’un adolescent, fils d’un seigneur franc. Un choix compréhensible pour un roman qui veut donner des clés de compréhension et d’identification à un lectorat plus jeune. L’occasion de revenir sur la place faite à l’histoire (dans les programmes scolaires, etc.) auprès des jeunes. Pensez-vous que l’histoire, de cette période historique notamment, soit rendue assez accessible à l’école, ou au-delà ?

J.D : Comme je le disais, cette période est à peine évoquée dans les manuels scolaires. Dans le livre d’histoire de ma fille, on passe allègrement de Clovis à Charlemagne puis à Hugues Capet. Une ligne sur les Vikings. Un mot sur le partage de Verdun. Les Mérovingiens sont toujours des fainéants qui vont sur des chariots menés par des bœufs. C’est pourtant une période formidable qui fait le lien entre la culture gallo-romaine et celle du Moyen Âge. Les fibules mérovingiennes, les bijoux vikings sont de toute beauté. Les ouvrages enluminés sont sublimes. Les Vikings sont de formidables aventuriers ; ils sont allés aux quatre coins du monde, s’y sont implantés le plus souvent en se mêlant à la population locale. Montrer cela mettrait en valeur un bel exemple d’intégration, de tolérance aussi, ce qui, à notre époque, paraît important. Ensuite, dans beaucoup d’ouvrages, le Moyen Âge débute après l’an mil. La documentation sur la période que couvrent mes ouvrages n’est pas aisée à trouver et fait souvent l’objet d’ouvrages spécialisés.

H&IM : Votre roman est historiquement très documenté et la frontière entre roman / livre d’histoire se fait parfois plus ténue, sans verser dans l’exposé. Toujours à propos de pédagogie, pensez-vous, vous qui avez aussi l’expérience de l’enseignement, que les professeurs d’histoire pourraient / devraient avoir recours à davantage de romans et autres supports fictionnels pour enseigner leur matière ?

J.D : Les jeunes générations aiment le « fun ». La façon d’enseigner devrait permettre une première approche d’un sujet qui soit « divertissante ». Par ce biais du divertissement (films, romans, fictions), on peut parvenir à capter l’intérêt du lecteur qui va alors aborder des ouvrages plus spécialisés et « sérieux ». J’attache une grande importance à expliquer, présenter le contexte historique   d’une fiction. De ce fait, j’ai un processus d’écriture assez lent car il me faut cerner le mieux possible le contexte historique et ethnologique avant de commencer ma narration. Il existe beaucoup de romans, notamment policiers, qui se déroulent au Moyen Âge ou dans d’autres périodes de l’histoire. Je suis toujours déçue, car j’ai l’impression que l’auteur n’exploite pas, n’explique pas assez. On n’y apprend presque rien sur la vie dans ces époques si ce n’est au travers de stéréotypes… C’est décevant. Pourquoi faire évoluer un personnage au temps de l’Angleterre celtique ou de la Chine impériale si ce n’est aussi pour expliquer la vie à cette époque ?

H&IM : Le choix du siège de Paris (qui a duré des mois), et la forme d’un journal, vous permettent d’approfondir les aspects de la vie quotidienne à la fin du IXe siècle. A-t-on beaucoup de sources à disposition pour en cerner les contours et les détails ?

J.D : Il y a d’excellents ouvrages accessibles à tous comme les ouvrages de Pierre Riché sur la vie quotidienne sous les Carolingiens, les livres de Jean Renaud et Régis Boyer sur les Vikings. Cependant, assez vite, il faut exploiter des articles de recherche et des revues spécialisées. J’ai la chance de travailler dans un grand établissement de l’enseignement supérieur, et de pouvoir bénéficier du prêt universitaire entre bibliothèques. Parfois aussi, il faut oser contacter des spécialistes de ces époques…

H&IM : En tant que romancière, y a-t-il des œuvres de fiction (romans, films…) ou des lectures plus spécialisées qui ont été déterminantes dans votre goût pour la période viking / carolingienne ?

J.D : Sans aucun doute, les ouvrages de Régis Boyer et Jean Renaud sur les Vikings et les récits de mythologie viking. J’ai découvert à travers eux une civilisation d’une extrême richesse , loin du mythe du barbare coiffé d’un casque à corne et qui boit le sang de son ennemi dans un crâne. Je garde aussi un souvenir émerveillé de l’exposition viking qui a eu lieu en 1992 au Grand Palais à Paris. Côté franc, j’ai un long moment étudié plutôt la période de la Guerre de Cent Ans. Je crois que c’est la lecture de l’histoire de Francs de Grégoire de Tours qui a nourri mon intérêt pour le Haut Moyen Âge. Côté films, à proprement parler, je ne dirais pas que des films ont nourri ma passion. Il y a des films qui se déroulent à cette période que j’aime bien : les Vikings (film de Richard Fleischer, 1958) avec Kirk Douglas, bien sûr, le Treizième guerrier (John Mc Tiernan, 1999) aussi, par exemple.

H&IM : Avez-vous d’autres projets d’écriture en rapport avec la période médiévale ?

J.D : Oui, j’ai plusieurs projets et idées. Je travaille actuellement pour un éditeur normand sur des histoires de femmes « vikings », plus spécifiquement les épouses des premiers ducs de Normandie : Poppa de Bayeux, Arlette de Falaise, Emma de Normandie et bien sûr Mathilde. J’ai d’ores et déjà commencé l’écriture de l’histoire de Poppa qui retrace la vie de la jeune femme depuis sa capture à Bayeux jusqu’à sa mort. C’est une histoire à plusieurs voix, tantôt c’est Poppa qui raconte, tantôt c’est Rollon ou encore l’un de ses fidèles. Un autre projet porte sur des « histoires de Viking », un ouvrage qui pourrait intéresser Dunod-Armand Colin : l’idée est de présenter la civilisation, l’histoire et la mythologie des Vikings sous forme de courtes histoires. Le but est d’attirer un lectorat plus jeune, que la lecture de grosses biographies et de livres d’historiens peut rebuter. C’est l’idée que j’évoquais dans une question précédente : les jeunes gens d’aujourd’hui souhaitent une approche divertissante du savoir. Et puis, je dois aussi poursuivre ma saga du siège de Paris par les Vikings, qui mène Thorgils au pays des Varègues et vois le couronnement d’Eudes comme roi de Francie Occidentale. J’ai en tête également un personnage de détective évoluant au temps de Guillaume Longue Épée, un genre de Sherlock Holmes « viking-normand », car je suis aussi totalement passionnée par ce personnage du grand détective créé par Conan Doyle.

Propos recueillis par Frédéric Wittner

“Siège de Paris par les Normands 885”. Imp. coul. d’ap. dessin de C. Darrigan. dans : Gustave Gautherot, L’Histoire de France, v. 1930/35.

Pour en savoir plus sur l’univers et les publications de l’auteur :

Site Internet : https://sites.google.com/site/fureurodinn/home

Facebook :  https://www.facebook.com/joelle.delacroix.1

LE SIÈGE DE PARIS PAR LES VIKINGS
Roman historique, Editions l’Harmattan,  février 2013
Tome 1 : Les Vikings sur la Seine
Tome 2 : Le choix de Porgils

OLEG LE VAREGUE
Nouvelle, Editions Edilivre, novembre 2013

LE VOYAGE d’YNGVARR
Nouvelle, Editions Edilivre, avril 2014

Le roman présenté ici vous intéresse ? Rendez-vous sur le site de l’éditeur.

Le Journal D’Amaury : Vikings sous les murs de Paris 885-887, collection Archipels, l’Harmattan

 

À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

À découvrir

Les Vikings pour tous !

Voilà un bien bel ouvrage que ce Vikings ! écrit par l’archéologue Vincent Carpentier et …

Laisser un commentaire

Partages

Powered by keepvid themefull earn money