Accueil / Interview / Saint Louis en bande dessinée

Saint Louis en bande dessinée

Sans titre

En publiant une biographie de saint Louis en bande dessinée, les éditions Glénat et Fayard prolongent une belle aventure éditoriale commencée avec la biographie de Philippe le Bel, voilà un an. C’est en effet la première fois depuis longtemps que des historiens et des professionnels du neuvième art travaillent main dans la main pour produire un travail de vulgarisation de qualité et accessible à tous. Interview avec Alex Nikolavitch (scénariste) et Filippo Cenni (dessinateur).

Histoire et Images médiévales : Que connaissiez-vous de saint Louis avant l’écriture de cette biographie dessinée ?
Alex Nikolavitch : J’en connaissais les images d’Epinal, bien sûr, le lavement des pieds des pauvres, la justice sous le chêne et tout ça, mais aussi la partie plus noire, les persécutions, les erreurs stratégiques, le côté qu’on pourrait qualifier de nos jours (un peu anachroniquement) de “bigot” et du coup, j’avais évoqué en passant cet aspect-là du personnage dans un autre album, dans la série Crusades, chez les Humanoïdes Associés. C’est d’ailleurs à cause de ces scènes qu’on m’a proposé cette biographie : “tu as l’air d’avoir des choses à dire sur Saint Louis, et pas que des choses gentilles. Ça te dirait de faire sa bio ?” est la phrase qui m’a lancé dessus. Après, le but n’était certainement pas de faire un réquisitoire, un album à charge. D’autant qu’en me plongeant dans sa vie, j’y ai découvert des aspects qui m’ont vraiment touché.
Filippo Cenni : Je connaissais le personnage par mes études scolaires, mais je dois avouer que mes souvenirs étaient principalement associés à l’épisode. des Croisades, dont j’ai redécouvert l’importance politique en travaillant sur cette bande dessinée.

HIM : Qui a proposé la première trame pour l’album. Vous ou bien les historiens Valérie Theis et Etienne Anheim qui cosignent l’album ?
AN : Je serais bien en peine de le dire. Ça s’est décidé collectivement au cours d’une réunion où les idées fusaient. Moi et Mathieu avions évoqué les problèmes narratifs qui se posent quand on condense la vie d’un homme en 46 pages et cherchions une clé d’accès, un prisme. Valérie et Etienne nous ont parlé des Enseignements (de saint Louis à son fils. NdR), et en moins de dix minutes, après ça, nous avions notre trame. De mémoire, c’est moi qui ai proposé de commencer à Tunis sur le lit de mort du roi, du coup. C’est classique, mais dans ce genre de cas, ça marche toujours.

HIM : Quel aspect de la vie de saint Louis avez-vous souhaité mettre en avant ?
AN : Les deux sujets qui m’intéressaient, c’étaient ses rapports avec sa mère, très compliqués, et son rapport à la foi, plus complexe qu’il n’y paraît. Saint Louis est quelqu’un qui a pris très au sérieux l’aspect sacré de la fonction royale, une fonction qui pourtant le confronte de plein fouet au réel. La façon dont il essaie de faire coïncider tout ça, pour le meilleur et pour le pire, est passionnante.

saint_louis_glenat_2

HIM : Avez-vous été influencé, pour l’écriture de votre scénario, par des oeuvres de fiction (romans historiques, bandes dessinées, par exemple Les aigles décapitées dont l’action se déroule en partie sous le règne de saint Louis) ?
AN : J’ai justement évité aux maximum de mettre le nez dans des fictions sur lui, qui m’auraient orienté d’une façon ou d’une autre. J’ai préféré partir de deux sources textuelles : la monumentale biographie de Jacques Le Goff, et le récit de Joinville, pour essayer d’y trouver des choses intéressantes et peu vues sur le personnage. Et l’apport de Valérie et Etienne a été déterminant et m’a évité quelques gros contresens.

HIM : Pour les dessins, Filippo Cenni, vous êtes-vous inspiré d’enluminures médiévales pour votre travail ?
FC : Pas beaucoup, parce que les enluminures sur saint Louis datent en général des siècles suivants et donnent peu d’indications sur le portrait et les vêtements.

HIM : Vous êtes également inspiré de représentations plus contemporaines (peintures, films, illustrations) ?
FC : Je me suis inspiré des peintures modernes et contemporaines pour les traits du personnage, en m’appuyant sur les descriptions physiques que les historiens ont pu déduire des sources proches de l’époque de saint Louis. Certains films ont été utiles pour l’ambiance et les costumes. Mais ce sont surtout mes propres connaissances historiques et archéologiques acquises depuis l’enfance – je suis passionné de Moyen âge – puis au cours de mes études universitaires qui m’ont été utiles pour la reconstruction des scènes que j’ai voulu aussi originales et réalistes que possible. J’espère que je y ai réussi.

Propos recueillis par William Blanc

À propos de Frédéric Wittner

Historien, journaliste, j'ai été rédacteur en chef des magazines Histoire & Images Médiévales et sa version hors-série. Grand passionné de cinéma et de littérature ancienne, je dévore également les séries TV. Je suis aussi très intéressé par tout ce qui touche aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, merveilleux...). Je suis l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur la chevalerie : L'idéal chevaleresque face à la guerre (2008) et de plusieurs dossiers et numéros hors-série d'H&IM.

À découvrir

Fréquence Médiévale : les voyages de Marco Polo

  Marco Polo reste un des personnages célèbres les plus mal connus du Moyen Âge. …

Laisser un commentaire

Partages

Powered by keepvid themefull earn money