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Soliman le Magnifique en BD – interview de Clotilde Bruneau, scénariste

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Soliman le Magnifique, personnage clé du XVIe siècle européen, est encore mal connu en France. Ses armés ont portant campé sous les murs de Vienne (1529), et sa flotte a hiverné à Toulon (1543-1544) après avoir assiégé Nice avec le concours des troupes de François 1er. Raison de plus pour se précipiter sur la biographie dessinée que lui ont consacrée les éditions Glénat, coécrit par Clotilde Bruneau avec le concours d’Esteban Mathieu et de l’historien Julien Loiseau (dessin de Christian Pacurariu).

Histoire et Images médiévales : Qu’est qui vous a attiré dans la vie de Soliman ?
Clotilde Bruneau : Je crois que Soliman fait immédiatement le bonheur d’une scénariste! Il a une vie de roman, une vie de personnage de fiction. Outre son histoire avec Roxelane/Hürrem, son rapport à la famille, à la mort (il voit tous ses proches s’éteindre les uns après les autres), et sa politique extérieure sont fascinants.
Ce qui m’a attiré, c’est à quel point sa vie est remplie. De tragédies, de rebondissements, certes, mais aussi d’accomplissements. Istanbul est d’ailleurs marquée par son passage. J’ai eu l’occasion de m’y rendre quand j’écrivais l’album, et je voyais Soliman partout!

HIM : Que connaissiez-vous de Soliman avant l’écriture de cette biographie dessinée ?
CB : Quasiment rien ou presque. C’est d’ailleurs ce qui m’a motivé à écrire cet album : apprendre. Écrire un album de BD est un excellent moyen d’apprendre ou de réapprendre les choses. On ne peut pas écrire sur quelque chose qu’on ne connait pas, il a donc fallu s’y mettre ! À la différence d’un autre album sur lequel j’ai travaillé, je n’avais pas d’image ou d’idée préconçue, j’ai donc tout découvert en bloc.

HIM : Vous semblez particulièrement attaché au personnage d’Hürrem, la concubine de Soliman. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce personnage ?
CB : C’est également un personnage assez incroyable. De simple esclave, elle devient la femme de Soliman, alors qu’à l’époque il n’y avait pas de mariage pour le sultan. Juste des concubines plus ou moins importantes. Je crois que le harem est un très bon reflet de la politique. C’est un endroit qui n’est, d’ailleurs, que politique. Il est un lieu d’amour pour Soliman, mais pour ses habitantes il s’agit de leur unique chance de s’élever. Hürrem a su survivre et même s’extirper de cet endroit, puisqu’elle assistait même officieusement au réunions du divan. Plus que l’histoire d’amour et l’aspect romantique qu’on peut donner à cette histoire, je trouve qu’Hürrem se distingue par cette intelligence. Enfin, en tant que femme, c’est ce que j’ai envie de retenir.

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HIM : Le Soliman que vous dépeignez passe plus de temps à combattre la Perse et ses propres fils que les puissances chrétiennes. Avez-vous discuté de cet aspect avec l’historien Julien Loiseau ?
CB : Je me rappelle qu’on avait abordé le sujet lors de notre rencontre, chez Fayard. Julien avait évoqué l’idée que dès qu’on parlait de Soliman en France, on privilégiait souvent ses rapports avec François 1er et ses guerres européennes en occultant généralement toute son expansion vers la Perse et ses guerres personnelles. Le but de cette collection étant aussi d’offrir une narration qui permet de découvrir des choses moins connues de grands personnages, on a donc eu envie de changer de point de vue. D’autant que, à mon sens, parler de ces guerres-là permet de creuser le personnage, de parler de combats qui sont également des guerres contre sa famille. Il en va de l’intimité du personnage, ce qui nous donnait l’opportunité de conférer au personnage un rapport très personnel avec ces combats.

HIM : Vous vous êtes surtout intéressé à la carrière militaire de Soliman. N’y avait pas assez d’espace pour traiter de son importante oeuvre de législateur ?
CB : Le cahier des charges est radical : 46 pages et le dossier historique. Pour une vie (et surtout une vie comme celle de Soliman), c’est très peu. Si on réfléchit bien, il y a à peu près une page de bd par année de règne!
Alors il faut faire des choix, prendre un parti. Soliman porte effectivement aussi le surnom du législateur, mais sa vie est tellement conséquente que la traiter sous tous ces aspects revenait à ne rien pouvoir traiter du tout.
Nous avons préféré nous concentrer sur une partie bien précise, parler de la fin de sa vie, de sa succession. Nous avons choisi de n’aborder qu’un certain nombre d’années pour pouvoir le faire plus en profondeur. Il y a toujours une grande frustration à ne pas pouvoir parler de tout, mais ça fait partie de l’exercice! Et Julien vient détailler les choses dans sa partie, le cahier historique. Mais j’espère que ça donnera envie à beaucoup de gens d’aller creuser le reste de sa vie, car le personnage le mérite et il est souvent méconnu…

Propos recueillis par William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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