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« Un quarteron de templiers à la retraite : les bonus »

Nous vous proposons de visionner les deux extraits vidéo dont il est question dans l’article (paru dans H&IM n°51, p.18) « Un quarteron de templiers à la retraite » (disponible en cliquant sur ce lien) . Le premier extrait, tiré du téléfilm Les Templiers (1961) montre parfaitement la volonté de Stellio Lorenzi, réalisateur et scénariste du film, de noircir l’image des templiers, de les montrer comme une menace pour la monarchie capétienne. Une théorie que réfute aujourd’hui la très grande majorité des historiens travaillant sur le sujet. La plupart des combattants templiers étaient en effet toujours sur « le front » (Chypre et la péninsule ibérique après la perte de la Terre sainte). Le peu de combattants présents dans le royaume de France ne pesait pas grand-chose face à la puissance de Philippe le Bel. La même remarque peut être faite quant au rôle de banquier des templiers ; le trésor de l’ordre était bien moins important que les revenus royaux.

Mais, si l’image de toute puissance templière proposé par ce premier extrait n’était pas la réalité, qu’en était-il ? Aujourd’hui, la plupart des historiens n’analysent plus le procès des templiers sous l’angle financier (ni même sous l’angle de la culpabilité), mais plutôt à travers les dimensions politiques et religieuses (ces deux aspects étant étroitement liés au Moyen âge, pour ne pas dire confondus). L’acharnement de Philippe le Bel doit être mis en relation avec le conflit important opposant la monarchie capétienne avec la papauté, qui prit une tournure dramatique au début du XIVe siècle (avec, notamment, l’attentat d’Anagni). Comme l’explique Julien Théry dans un récent article,

« La perte des templiers devait faire de Philippe le Bel et de ses successeurs, en quelque sorte, des papes en leur royaume. […] En définitive, les crimes imputés au Temple constituaient une hérésie d’État. Leur répression fut un moment important pour la construction de l’absolutisme royal français. »

Une prééminence de l’État que va affirmer Guillaume de Plaisians (sous les traits de Jean Rochefort) dans ce second extrait, face à un Jacques de Molay (incarné par Louis Arbessier) bien désemparé.

Le parallèle avec la guerre d’Algérie et l’armée de métiers, penchant en partie pour l’Algérie française et les colons, est assez évident. Néanmoins, si l’on en croit le témoignage de la script de l’émission Michèle O’Glor, la comparaison n’était pas voulue. Du moins, pas avec le putsch des généraux. C’est sans doute vrai ; néanmoins, il était courant de modifier le script le jour même (ce fut le cas pour Les Templiers). L’émission du 22 avril, diffusée en direct, ne ressemblait pas à ce qui était prévu au matin du 21 avril.
Enfin, le putsch des généraux ne marquait pas un fait nouveau. Déjà, en mai 1958, c’est avec l’appui de l’armée et des colons que le général de Gaulle avait pu prendre le pouvoir et mettre fin à la IVe république. Mais ce soutien à de Gaulle avait cessé depuis que ce dernier, en septembre 1959, avait reconnu la possibilité d’une autodétermination de l’Algérie et le divorce avait été définitivement acté lors de la semaine des barricades de janvier 1960 (déclenchées suite à la mutation du général Massu en métropole). Une actualité qui ne pouvait échapper au très militant Stellio Lorenzi (proche du PCF) qui fit de ses templiers une métaphore de l’armée de métier engluée dans la question algérienne. La caméra explore le temps était bien, comme le reconnaîtra plusieurs années après Michèle O’Glor, un moyen de parler politique :

« on a choisi des sujets plus historiques, plus politiques (…) qui étaient souvent en rapport avec la politique de l’époque. (…) C’est extraordinaire, quand on fait de l’histoire, tout ce qu’on peut retrouver comme parallèle. Or, on recherchait ces parallèles. »

Dernier point, sous forme d’anecdote. En écoutant attentivement le dialogue de Plaisians/de Molay, vous reconnaîtrez l’acteur qui incarne ce dernier, et plus particulièrement sa voix. Louis Arbessier, pour les auditeurs francophones fans de films d’espionnage, fut en effet le doubleur de « Q » dans de nombreux James Bond.

William Blanc

Bibliographie :

  • À propos de l’émission La caméra explore le temps, voir le livre d’Isabelle Veyrat-Masson, Quand la télévision explore le temps, Fayard, 2000, notamment les pages 88 à 113. Les citations de Michèle O’Glor en sont tirées.
  • En ce qui concerne les templiers, il faut évidemment se replonger dans l’ouvrage désormais classique d’Alain Demurger, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Seuil, 2008. Sur le procès, voir Malcolm Barber, Le Procès des Templiers, Tallandier, 2007. Ces deux livres, écrits par des spécialistes, font un sort aux idées qui voudraient que les templiers aient été un « État dans l’État  » ou « les banquiers de l’Occident ».
  • Voir enfin le très intéressant article de Julien Théry, « Une hérésie d’État. Philippe le Bel, le procès des ‘perfides templiers’ et la pontificalisation de la royauté française », paru dans le nº 60 de la revue Médiévales, 2011, p. 157-186.

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À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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