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« Vikings » revient sur vos écrans !

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Alors que la série Vikings s’apprête à être de nouveau diffusée pour une troisième saison, Histoire et Images médiévales a décidé de s’interroger sur ce programme de fiction historique. Renouvelle-t-il l’imagerie traditionnelle des Vikings ou bien se contente-t-il de reprendre les stéréotypes classiques à l’égard des hommes (et des femmes) du Nord. Pour nous guider dans notre réflexion, nous avons fait appel à Howard Williams, professeur d’archéologie à l’université de Chester (Angleterre). Spécialiste des pratiques funéraires dans les Îles britanniques et en Scandinavie au Moyen Âge, il tient un blog traitant de ses domaines de prédilection à destination du grand public.

Histoire et Images Médiévales : Que pensez-vous de la série Vikings ?
Howard Williams : Je trouve qu’il s’agit d’une série vraiment agréable à suivre, avec des personnages attirants et parfois franchement drôles, qui peuvent nous déranger au début. En effet, c’est incroyable qu’ils nous paraissent si sympathiques alors qu’ils se livrent à des actes particulièrement violents, mais ils savent aussi faire preuve d’une grande bonté. La création de cette série permet de faire revivre l’époque viking auprès d’un large public à l’échelle internationale, grâce à un scénario captivant bien inscrit dans le contexte général des premiers raids vikings. Les personnages sont très variés, allant de l’enfant à l’adulte, homme et femme, et tous très intéressants (aussi bien les rôles principaux que les secondaires).
Au départ, je trouvais assez ennuyeux le côté « suffisant » qu’on trouve chez le personnage de Ragnar, ainsi que le jarl Haraldson dont la brutalité froide et toute en intérieur me faisait penser à un personnage de Tarantino. Mais malgré cela, j’ai finalement trouvé beaucoup d’aspects positifs dans la série : elle présente assez finement la façon dont la société, la politique, la religion et la guerre sont entièrement imbriquées et liées au début de l’époque viking en Scandinavie.
Pour moi qui suis d’abord spécialiste des Anglo-Saxons, je me suis également concentré sur le portrait que l’on fait d’eux dans la série : parfois inspiré, parfois pénible et ridicule. Je pense que cela est dû au fait que chez les deux peuples, la nécessité de ponctuer le scénario de scènes de sexe et de violence (parfois inutiles) donne naissance à des scènes incompréhensibles et parfois même (très) bizarres. Mais je dois dire qu’en dépit de cela, j’aime beaucoup la série et je me réjouis qu’elle illustre, avec vitalité et de manière attachante, une vision mythique et épique (plus qu’historique) de l’époque viking.

Des Anglo-Saxons comme la série Vikings les représente.
Des Anglo-Saxons comme la série Vikings les représente.

HIM : La série Vikings marque-t-elle une évolution dans les représentations du Moyen Âge scandinaves dans la culture populaire ?
HW : Si on regarde ce que les Vikings « font » dans la série, à savoir violer, piller, combattre les ennemis et se battre entre eux, on retrouve là une vision de ce peuple fortement ancrée dans l’imaginaire romantique du XIXe siècle. Ce que l’on voit de la vie quotidienne dans les fermes, puis avec la chasse et la pêche, est également prévisible et peu surprenant. Même le souci du détail archéologique est lié à cet imaginaire romantique, mais malgré cela je trouve que cet aspect en particulier fait la force de la série. Je ne parle pas seulement de la grande attention accordée (malgré quelques erreurs embarrassantes) au rendu des éléments comme les vêtements, outils, armes, architecture, pratiques funéraires et bateaux. Je veux surtout parler de la façon dont tout ce monde matériel guide et oriente le scénario. Nous avons affaire à des personnages marquants, mais les objets et les lieux ont également une force qui leur est propre.

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HIM : On remarque l’importance accordée aux personnages féminins combattant dans la série. Est-ce attesté dans les sources ?
HW : Cet aspect tient principalement du fantasme, et se base surtout sur des récits (sagas) tardifs dont la véracité est largement contestable. Disons que c’est une image ancrée dans des mythes et légendes plutôt tardifs, mais pas attestés de manière historique.

Athelstan

HIM : Le moine Athelstan reste l’un des personnages les plus attachants de la série, partagé entre christianisme et paganisme. Existe-t-il des cas historiques de gens oscillant ainsi entre deux traditions religieuses ?
HW : L’époque dont nous parlons était agitée par de nombreux changements et fluctuations au niveau religieux. Le personnage d’Athelstan, ainsi que Ragnar et Rollo d’une certaine manière, illustrent en quelque sorte les compromis et les relations complexes entre christianisme et « paganisme nordique ». De mon point de vue, Athelstan est le personnage le moins attirant à cause de la manière assez grossière dont il est traité dans le scénario. Même si la série comporte beaucoup d’ellipses et que plusieurs années s’écoulent entre certains événements, je n’arrive pas à trouver crédible le fait qu’un personnage devienne ainsi l’ami de ses ravisseurs, alors que ceux-ci ont tué sous ses yeux au moins quatre de ses frères (durant le raid sur le monastère de Lindisfarne en 793, NDLR), allant jusqu’à participer à des raids avec eux et tout ceci en reniant (du moins partiellement) sa foi. Pour moi, il m’a tout l’air d’un personnage incroyablement veule !
Au moins, je dois reconnaître que c’est un portrait de moine chrétien beaucoup moins simpliste et caricatural que ceux qu’on rencontre dans d’autres séries !

Articles sur la série Vikings publiés (en anglais) sur le blog de Howard Williams : « Vikings seasons 1 and 2 : An Archaeodeath review » et « Vikings : An Archaeodeath review of Death in season 1« .

Pour en savoir plus, Dragons et drakkars. Le mythe viking de la Scandinavie à la Normandie XVIIIe-XXe siècles, Musée de Normandie, 1996.

Voir également la bande-annonce de la troisième saison de Vikings :

 

Interview et traduction par Juliette Papadopoulos
Mise en forme par William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaire (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques.

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