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Figures du samouraï dans l’histoire japonaise

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« Figures du samouraï dans l’histoire japonaise, depuis Le Dit des Heiké jusqu’au Bushidô » par Saeki Shin’ichi (université Aoyama gakuin).

Récit guerrier mis au point vers 1220, Le Dit des Heiké est l’une des sources majeures pour comprendre les conflits qui opposèrent, à la fin du XIIe siècle, les clans guerriers Taira (ou Heike) et Minamoto (ou Genji), en même temps qu’il constitue l’une des œuvres les plus importante de la littérature japonaise. Ce récit fut récité et chanté par des moines aveugles qui parcouraient le pays en s’accompagnant d’une sorte de luth, le biwa. De nombreuses versions existent de cette œuvre qui exerça une forte influence sur la littérature ou les arts des périodes ultérieures. Le Dit des Heiké fourmille certes d’anecdotes fabriquées ou d’exagérations, mais il dépeint avec un certain réalisme les combattants de cette époque en même temps qu’il constitue une source importante et très concrète sur la guerre et l’esprit qui animait les guerriers japonais de ce temps.

Avant d’entrer plus avant dans l’analyse de cette œuvre, je voudrais rappeler quelques éléments à propos de ce récit. Cette œuvre est une sorte de patchwork entre plusieurs morceaux qui ont été assemblés pour former un tout apparemment cohérent. On trouve ainsi des parties dans lesquelles les samouraïs sont décrits de manière méprisante, et d’autres où se manifeste une certaine sympathie à leur égard, des passages composés de descriptions assez réalistes qui coexistent avec d’autres passages totalement invraisemblables. Par ailleurs, il est difficile de penser que l’auteur ou plutôt le compositeur de cette œuvre ait pu être lui-même un guerrier. Si certains passages font preuve de compassion pour ces derniers, il est probable qu’ils ont été ajoutés ultérieurement. Le premier compositeur de ce travail n’éprouvait lui-même guère de sympathie pour eux. Enfin, plusieurs versions existent de ce récit, parfois assez différentes les unes des autres. En gros, on doit séparer les textes destinés à la récitation et ceux destinés à la lecture. Le texte le plus couramment édité aujourd’hui était destiné à la lecture et connu sous le nom de version de la branche Kakuichi. Mais ici, nous en utiliserons parfois un autre, dit version de la branche Engyô (et nous garderons la version Kakuichi lorsque le récit est identique dans les deux). Le manuscrit de la branche Engyô a été recopié vers 1419-1420 sur la base d’un manuscrit plus ancien daté de 1309-1310. Il comporte beaucoup de récits extrêmement divers par leur contenu, mais du point de vue du texte et du point de vue littéraire, ce n’est pas la version la plus cohérente. C’est pourquoi on a longtemps considéré qu’elle avait été augmentée de passages rédigés ultérieurement. Pourtant, la thèse de Mizuhara Itajime selon laquelle, au contraire, cette version relativement ancienne par la forme est l’une des plus proches du récit primitif qui intégrait des épisodes de nature diverse est à peu près acceptée universellement depuis les années 1980. Toutefois, même si de nombreux épisodes de cette version semblent anciens, cela ne signifie pas que tous le soient.

Les guerriers étaient-ils des barbares ?

Quand on examine de près la manière dont les guerriers sont représentés dans Le Dit des Heiké et tout particulièrement dans la version Engyô, on constate qu’ils sont souvent décrits comme des Ebisu, c’est-à-dire des barbares. Ainsi dans le livre troisième, les guerriers qui se rassemblent de partout pour assurer la sécurité de l’empereur-moine Go Shirakawa, réfugié dans la villa Toba, sont qualifiés de « barbares terrifiants ». À plusieurs reprises au cours de la période précédant les années 1180, apparaît le qualificatif de gens terribles ou de barbares, mais il tend plutôt à devenir fréquent au cours du XIIIe siècle. Bien entendu, les samouraïs n’étaient pas considérés comme une population d’origine étrangère; néanmoins le terme utilisé sous l’influence de la pensée chinoise indique un certain mépris à leur égard, surtout vis-à-vis des guerriers de province qui ne vivaient pas dans la capitale. De ce point de vue, Le Dit des Heiké reflète les valeurs d’un aristocrate de Kyôto.

Ainsi, dans le livre deuxième de la version Engyô, on trouve une curieuse explication pour définir le service de la garde effectué par les guerriers des provinces orientales à Kyôto, où ces derniers sont comparés aux barbares Xiong Nu (il s’agit d’une population étrangère qui n’est pas d’ethnie Han) cités dans des chroniques relatives à la vie de la cour chinoise. Ces assimilations entre les barbares vivant aux confins de la Chine et les samouraïs de province sont assez fréquentes dans les versions orales du Dit des Heiké, ainsi que dans la version du manuscrit Engyô, et il est probable que ces comparaisons existaient dans les versions les plus anciennes.

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À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques et je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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