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Knightfall… les templiers au mixer !

Nous avions déjà parlé de la série Knightfall lors de sa sortie… lors d’une soirée pizza, nous avons regardé le reste de la saison 1 d’affilé. En fait, la recette de cette série est simple. Prenez tous les poncifs possibles sur les Templiers et le Graal, mélanger (beaucoup) au mixer, ajouter une pincée d’intrigues politiques à la Game of Thrones, mettez au bûcher… pardon, au four à 180°, et voilà.
Le résultat : du grand n’importe quoi au niveau historique (peut-être plus même que la série Marco Polo dans laquelle le marchand Vénitien s’initie au Kung Fu) mais, en fin de compte, une série plaisante lorsqu’on la prend au septième degré et qu’on s’amuse à repérer les références (pseudo-)historiques des scénaristes dont nous vous livrons ici une liste non exhaustive. Attention, spoilers.

  • Le Graal et les Templiers. Ça, nous en avions parlé dans le précédent article (à lire ici).
  • Gauvain et Perceval. Le premier servant de maître au second. Jolie variation sur le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (fin XIIe siècle), même si, dans ce texte, aucun des deux chevaliers n’est un templier.
  • Perceval amoureux d’une jeune juive. L’inspiration vient sans doute du texte Parzival de Wolfram von Eschenbach écrit au XIIIe siècle.
  • Les cathares gardiens du Graal. Cette légende est née dans les cercles occultistes au XIXe siècle. Au XXe siècle, un nazi, Otto Rahn, tente même de trouver le Graal au château de Montségur, une des dernières places fortes de l’hérésie prise en 1244. Il pense en effet que le Graal et les cathares étaient des survivances de la véritable religion de la « race blanche » étouffée par un christianisme impulsé par les juifs (oui, oui…Rahn était parti très loin dans sa tête). Inutile de dire qu’il n’a pas trouvé la coupe sacrée dans les Pyrénées et que les cathares sont autant liés au Graal qu’à la guitare d’Elvis Presley. Mais l’idée est tellement séduisante pour des scénaristes en mal de complots faciles que le lien entre l’hérésie la plus célèbre du Moyen âge et le bocal à anchois le plus fameux du monde est devenu un lieu commun de la culture populaire.
  • La présence des Assassins. Nombre d’auteurs aiment bien connecter les Assassins (dont nous avons déjà parlé ici) et les Templiers. Pourtant, si les deux groupes étaient contemporains, ils n’avaient en réalité pas grand-chose à voir. Les « Assassins » représentaient une tendance de l’Islam. Les Templiers, eux, constituaient un ordre militaire. Qu’importe ! Depuis une trentaine d’années, et encore plus depuis le succès du jeu vidéo Assassin’s Creed (dans lequel templiers et Assassins s’entre-déchirent depuis des millénaires), impossible d’évoquer les uns dans une série sans que les autres apparaissent. Les producteurs de Knightfall ont quand même poussé le bouchon un peu loin… outres les assassins couverts de chèches noirs se baladant tranquilles dans la Paris du XIVe siècle, une spadassin mongole (???) cachée par un masque en métal utilisant le feu grégeois pour commettre des attentats est tellement too much que ça nous a bien fait rire à la rédaction.

KnightFall_assassin_2

  • Le druide… quelle idée de mettre un druide au XIVe siècle en France ? En même temps, il devient de plus en plus courant, dans les films anglo-saxons, d’assimiler des sorciers (et les sorcières) à des prêtres païens dont les cultes auraient survécu clandestinement depuis l’Antiquité. L’idée est née du XIXe siècle (notamment dans La Sorcière de Jules Michelet). On en parlait ici.
  • La reine amoureuse d’un templier (et inversement). Pas de série télévisée sans les intermèdes Closer. Maurice Druon dans Les Rois Maudits faisait pareil, en s’appuyant tout de même un peu plus solidement sur la réalité historique. Avec Knightfall c’est la fête, avec en prime une histoire passionnelle entre l’héritier de la couronne de Catalogne (les scénaristes voulaient peut-être dire l’Aragon) et la fille de Philippe le Bel, avec, entre les deux amants un conseiller vicieux (Guillaume de Nogaret, un tantinet risible) et la mongole/ninja/terroriste…
  • Philippe le Bel en sociopathe… il fallait oser, mais il est vrai que le souverain capétien a, depuis longtemps, mauvaise réputation dans la culture populaire (nous en avions parlé ici).
  • Enfin, les Templiers apparaissent dans Knightfall comme un État dans l’État, capable de mobiliser une armée au cœur du royaume de France. L’idée est aussi vieille que le procès et la condamnation de l’ordre et a fait les choux gras de nombreuses fictions, comme une autre série télévisée (française celle-là) des années 1960 (nous en parlions ici).

Nous n’en relèverons pas plus pour éviter d’autres spoilers, d’autant que l’intrigue prend des tournures complètement loufoques à la fin de la saison 1 (du grand n’importe quoi…). On a bien ri en tout cas et on attend la suite avec impatience (si, si).

William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen Âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, séries télévisées, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). Outre plusieurs articles dans des revues scientifiques, je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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