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Knightriders : le roi Arthur à moto de George Romero. Chronique arthurienne 8

Voilà édité pour la première fois avec des sous-titres français (et de beaux bonus) un des films arthuriens les plus étonnants, réalisé en 1981 par George A. Romero. Plus connu jusqu’alors pour ses films de zombie (La nuit des morts vivants – 1968) ce cinéaste nous livre ici une version très personnelle du mythe de la Table ronde.

Ne cherchez pas de châteaux à l’horizon. Ce récit se déroule au début des années 1980, où le roi William (Billy, incarné par Ed Harris) dirige une troupe itinérante organisant des fêtes médiévales qui consiste notamment une série de joutes de motards déguisés en chevaliers. Plus que de faire de l’argent, il s’agit pour toute cette joyeuse bande, accompagnée d’un Merlin noir faisant office de médecin (joué par le poète de rue Brother Blue) de mener leur vie comme ils l’entendent. Confronté à un monde extérieur de plus en plus agressif et à la tentation pour certains (dont Morgan, incarné par Tom Savini) de transformer la troupe en une simple affaire commerciale, des tentions voient le jour et nulle ne sait si cette table ronde finira par survivre aux affres de la société moderne.

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Ed Harris joue Billy « King William », le roi Arthur de George Romero.

À travers cette évocation très personnelle du mythe arthurien, George Romero évoque des thèmes qui lui sont chers et que l’on retrouve déjà dans d’autres versions contemporaines de la légende de Camelot (dont nous parlions ici). Tout d’abord, il parle d’un moment clef dans l’histoire des fêtes médiévales et plus largement, de ce qui deviendra le milieu de reconstituteurs. Créées dans les années 1950 et 1960 comme des événements politiques contestataires, liés notamment aux milieux hippies, les fêtes médiévales prennent en effet au moment du tournage de Knightriders un tournant de plus en plus commercial.

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Tom Savini incarne Morgan.

Billy, le roi Arthur de Romero, s’oppose à cette dérive au nom d’un idéal, celui des années 1960 où le collectif comptait plus que la réussite individuelle, celui, là encore, des années 1960. C’est d’ailleurs dans ce contexte que l’évocation arthurienne prend tout son sens. En effet, une semaine après son assassinat le 22 novembre 1963, le président J.F. Kennedy a été comparé par sa veuve au roi Arthur (événement parfaitement raconté dans le récent film Jackie – 2016). Depuis, comme nous l’évoquions ici, le mythe de Camelot est associé aux États-Unis à l’optimisme et au progressisme du début des années 1960, et plus spécifiquement au mouvement des droits civiques.

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Placer la légende de la Table ronde à l’époque contemporaine permet aussi à Romero de prendre de nombreuses libertés avec les textes médiévaux et d’inclure au centre du récit des personnages féminins ou extra-occidentaux. Le procédé est connu depuis John Steinbeck et son roman arthurien Tortilla Flat (1935) qui se déroule dans les milieux pauvres de la Californie de la Grande Dépression. Le groupe de Billy comprend ainsi un Afro-Américain (comme le fera par la suite le comics Camelot 3000), mais aussi des femmes, comme la chevaleresse Rocky.
Vision originale (et réussie) du mythe de Camelot, Knightriders annonce des productions postérieures qui situeront aussi leur roi Arthur dans un monde moderne mal en point, comme The Fisher King (1991) de Terry Gilliam (qui avait coréalisé Monty Python : Sacré Graal !) dans lequel un SDF tente de trouver le Graal dans New York ravagé par une décennie de politiques libérales. Knigthriders a peut-être été aussi une source d’inspiration pour la série télévisée Knight Rider (1982) que nous connaissons en France sous le titre de K2000 et dans lequel un chevalier des temps modernes (nommé Michael Knight, soit, traduit littéralement, « Michel Chevalier ») combat le crime à bord d’une voiture intelligente, sorte de version futuriste du destrier.
Quoi qu’il en soit, jetez-vous sur le film de George Romero, sur cet hymne à la passion de ceux qui, des reconstitueurs aux organisateurs de fêtes médiévales, aiment à ce plonger dans un Moyen Âge festif (fût-il fantasmé) pour mieux échapper aux troubles du monde moderne.

Knightriders est disponible en DVD et Blu-ray chez Blaq Out.

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William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen Âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). Outre plusieurs articles dans des revues scientifiques, je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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4 commentaires

  1. Merci. Il me faut donc votre ouvrage ! Pour celui de Julien Sévéon, j’ai cru comprendre qu’il était épuisé. Je viens de mon côté de publier une brève notice sur Knightriders, je vous invite si vous en avez le temps, à vérifier que je n’ai pas écrit de bêtise ! Bien à vous ! http://www.kinopitheque.net/knightriders/

  2. Que reste-t-il aujourd’hui du premier projet de film médiéval de Romero ? A-t-il été entièrement refondu dans Knightriders ? Ou bien Romero en a-t-il laissé d’autres traces dans ses cartons ? Ébauche de scénario ou autre ? C’est Julien Sévéon qui l’évoque dans un des bonus de cette belle édition blaq out, et Romero lui-même qui en parle dans l’entretien réalisé, mais le titre cependant n’est dit qu’une fois et j’avoue en plus ne pas l’avoir saisi. Par ailleurs, dans un autre des très bons bonus du disque, la discussion que vous engagez entre médiévistes livre de belles pistes d’analyse, je pense notamment à ce qui relève du mythe Arthur-Kennedy que je n’avais que partiellement saisi d’ailleurs dans l’excellent film de Larrain. Vous m’avez déjà renvoyé à votre livre sur Arthur ; j’avais oublié votre recommandation, mais si vous développez ce parallèle, décidément il faut que j’y revienne.

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