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Lecture : Richard Coeur de Lion

Pour beaucoup d’entre nous, Richard Ier (1157-1199), couramment appelé Richard Cœur de Lion, c’est un peu le « bon roi » médiéval par excellence, personnages romanesque que l’on n’a pas beaucoup vu, mais dont on attend toujours le retour en ses terres, un peu comme le Messie. Image léguée par le cinéma américain, où le roi d’Angleterre revient toujours à la fin du film pour solder le bilan catastrophique de son frère, Jean « Sans Terre » (dont on a beaucoup noirci le règne, comme nous en avions parlé très récemment). Grand justicier, auréolé de ses exploits contre Saladin, délivré des geôles du duc d’Autriche, protecteur des faibles, soutien des héros comme Ivanhoé ou Robin des Bois.

Gisant du roi Richard Ier, Abbaye royale de Fontevraud, vers 1199.

La réputation du roi Richard n’a pas toujours été si pure, au gré des jugements portés par les historiens. Mais son souvenir demeure flou. C’est là le grand intérêt de cette nouvelle biographie proposée par Georges Minois : nous rappeler que Richard Cœur de Lion demeure finalement assez méconnu et que le personnage traîne derrière lui un certain nombre d’idées toutes faites ou d’idées fausses. Né et élevé dans l’ombre de son père, l’écrasant et infatigable Henri II Plantagenêt, favori de sa mère, Aliénor d’Aquitaine, Richard n’était pas nécessairement destiné à régner – étant le troisième fils du couple. Prince cultivé, politique avisé, guerrier et stratège impétueux, celui qui devait être un simple pion sur l’échiquier territorial grandiose d’Henri II va pourtant se révéler à la hauteur de son héritage, son nom inspirant le respect jusqu’en Terre sainte quand il ira guerroyer contre Saladin.

Un roi-croisé, un roi-chevalier, un roi cultivé et pieux. On découvre un Richard Cœur de Lion aux facettes multiples, qui a su mettre au pas des barons turbulents ou s’arroger les faveurs des prêteurs juifs pour financer ses projets. Richard, gestionnaire attentif, et actif, toujours en train de chevaucher en Normandie, en Anjou, dans le Maine, l’Aquitaine. Un homme providentiel ? Sûrement pas. Mais il peut compter sur une administration attentive et bien rôdée (la majeure partie de ses conseillers sont des Normands, et il sait comment bénéficier du soutien de l’Eglise, là où son père s’était parfois montré trop impulsif (dont on sait comment s’est soldé son affrontement politique avec l’archevêque de Canterbury, Thomas Becket). Richard, le roi entouré d’évêques, tous fidèles.

Roi-bâtisseur également, qui a fait multiplier les travaux en Normandie et ailleurs, pour parer aux ambitions des Capétiens, notamment Philippe Auguste, son grand rival. Son chef-d’œuvre reste sans équivoque Château-Gaillard, dont il a lui-même supervisé la construction (en un temps record) et dont il ne verra pas la chute quelques années plus tard.

Richard Ier a-t-il été aussi infatigable que son père ? Ses ambitions n’en étaient pas moins grandes – son départ et sa ténacité lors de la croisade (il aura passé plus de trois ans à guerroyer en Méditerranée en Terre Sainte), ses exploits et ses défaites le prouvent. Son entreprise a peut-être été vaine, mais une certitude est acquise : il fut craint et respecté de l’Occident à l’Orient.

Le personnage est en tout cas d’une grande complexité et son action ne saurait être résumée à une romance chevaleresque, celle d’un roi foudroyé au combat par un carreau d’arbalète. C’est là la grande vertu de cette biographie, qui donne la parole à tous les observateurs du temps (jusqu’aux chroniqueurs arabes qui l’ont connu), admirateurs ou hostiles, et qui démystifie complètement le personnage, en le replaçant dans son contexte : hostile à son père, à ses frères, à ses vassaux, aux puissances étrangères, mais un négociateur avisé.

Richard, « le moins anglais des rois d’Angleterre » (il parlait évidemment le français et a passé la majorité de son règne sur ses terres continentales – qui constituaient le cœur de l’immense et très hétéroclite ensemble que l’on a appelé « Empire Plantagenêt », un monstre tentaculaire très difficile à gouverner), a pourtant fasciné ses compatriotes, qui n’ont pas toujours porté un regard très indulgent sur son impétuosité. Walter Scott, pour sa part, en a fait un mythe.

On recommande beaucoup la lecture de cette biographie très détaillée mais de lecture aisée, dans laquelle on a finalement l’impression de découvrir pour la première fois ce fameux « Richard Cœur de Lion »

Recension : Frédéric Wittner

Georges Minois, Richard Coeur de Lion, Perrin, 2017. 600 pages.
Si vous êtes intéressé par cet ouvrage, rendez-vous sur le site de l’éditeur.

À propos de Frédéric Wittner

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