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L’élection pontificale au Moyen Âge

« En 1316, le cardinal Jacques Duèse est élu sous le nom de Jean XXII. Après deux ans de vacance du siège pontifical, dans un conclave sous tension, soumis à la pression du roi de France et aux divisions entre groupes de cardinaux rivaux, les chroniqueurs racontent qu’un vieux cardinal – on prétend qu’il avait à l’époque 72 ans – attira l’attention et finit par rallier les suffrages. Il s’agissait d’un candidat de compromis, dont les cardinaux se disaient que la vieillesse devrait garantir l’inaction et, si possible, la mort rapide, de manière à pouvoir élire un nouveau pape dans des conditions plus apaisées. En réalité, Jean XXII resta 18 ans sur le trône pontifical, un règne marqué par de profondes réformes juridiques, financières et administratives, par une diplomatie intransigeante et par une lutte énergique contre l’hérésie. Pour le pire comme pour le meilleur, selon le point de vue de ses contemporains, Jean XXII a été le contraire d’un pape de transition.

Les élections pontificales sont souvent surprenantes, dans leur issue comme dans leurs effets, et les favoris en sont rarement les vainqueurs. Comme le dit un vieux dicton romain, « celui qui entre pape au conclave en ressort cardinal ». Ce n’est pas le fruit du hasard ou de la versatilité des hauts dignitaires de l’Église, mais d’une procédure électorale qui a été longue à se mettre en place. Durant le premier millénaire de l’histoire de l’Église, lorsque le pape n’avait qu’une prééminence de dignité, sans réelle autorité hiérarchique, il n’existait pas de véritable règle pour la désignation de l’évêque de Rome, et le choix était souvent influencé, par l’empereur ou par les grandes familles de la noblesse romaine. La situation a commencé à changer au XIe siècle, quand débuta la grande réforme qui allait transformer radicalement l’Église. A partir de 1059, seuls les cardinaux purent participer à l’élection, à l’exclusion de tout laïc en particulier. A partir de 1179, il fallut une majorité des 2/3 pour être élu, une décision essentielle qui explique pourquoi ce sont souvent des candidats de compromis qui sont finalement élus.

Tous les problèmes électoraux n’étaient pas réglés pour autant, et la désignation d’un nouveau pape était parfois longue. En 1268, à la mort de Clément IV, les cardinaux prirent leur temps. Les autorités de Viterbe, la ville où ils étaient réunis, finirent, au bout d’un an et demi d’attente, par les enfermer dans le palais pontifical, mais il fallut presqu’encore autant de temps pour que les cardinaux parviennent à s’entendre, en 1271 – après trois ans au total.

Le pape finalement désigné, Grégoire X, promulgua alors au concile de Lyon, en 1274, la bulle Ubi periculum, qui fixait des règles strictes pour assurer une élection pontificale rapide. Les cardinaux doivent désormais se tenir dans un espace fermé à clé, « cum clave » en latin, ce qui a donné naissance au mot « conclave ». Le vote peut alors suivre trois voies : le scrutin, à bulletins secrets, le compromis, issu d’une discussion collective, ou ce qu’on appelle l’inspiration, du Saint Esprit, c’est-à-dire l’évidence d’un choix s’imposant à tous dès le départ. Si au bout de trois jours, un accord n’est pas trouvé, les rations de nourriture doivent être réduites à un seul plat et si, au bout de cinq jours de plus, on n’a pas progressé, les cardinaux ne doivent plus recevoir que du pain, du vin et de l’eau. Ce texte fut rapidement contesté, suspendu, rétabli et s’il ne fut jamais appliqué avec rigueur, il contribua à donner une forme plus stricte au conclave. Même si l’élection de Jean XXII en 1316 mis encore deux ans à se dérouler pour des raisons politiques, l’idée d’une élection rapide entra peu à peu dans les mœurs. Mais la stabilisation de ce processus électoral, après trois siècles, ne le rendit pas prévisible pour autant, à ce point qu’à Rome, au XVIe siècle, lors des conclaves, les habitants se passionnaient pour les paris sur le nom du futur élu. Il existait un système de bookmakers et de cotes, qui pouvaient aussi tenir lieu de sondages, même si cette science était déjà loin d’être exacte. Ainsi, les voies, à tous les sens du terme, des cardinaux, comme celles du Seigneur, sont souvent restées impénétrables. »

Source : France Culture et Etienne Anheim.

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