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Perceval le Gallois ou Provençal le Gaulois ? Umberto Eco et Alexandre Astier sont sur un bateau. Chronique arthurienne 9

Dans le quatrième épisode du Livre 1 de Kaamelott (intitulé « Le Chevalier mystère »), les membres de la Table ronde s’interrogent sur les mystérieux exploits d’un certain chevalier de Provence appelé Provençal le Gaulois. Au bout d’un (long) moment, Perceval percute et s’exclame que c’est lui Provençal le Gaulois, avant d’expliquer de manière confuse qu’il s’est trompé en se présentant. Le roi Arthur, blasé et furieux, à beau le traiter de « tanche », le dernier mot n’en revient pas moins à chevalier gallois qui explique, un brun crâneur : « n’empêche que je suis une légende ». Il faut sans doute y voir là une manière amusante de rappeler que le roi Arthur et ses chevaliers n’ont jamais été des personnages historiques. Perceval lui-même apparaît pour la première fois sous la plume de Chrétien de Troyes vers 1190 dans le Conte du Graal.
Mais derrière la blague concernant le nom « Provençal » se cache un détail bien réel du mythe arthurien médiéval que connaît très certainement Alexandre Astier. Pour ça, il faut remonter à un texte du XIIIe siècle, le Parzival de Wolfram von Eschenbach (qui inspirera plus tard à Wagner son opéra Parsifal – 1882). Celui-ci affirme, dans le huitième livre de son récit, tenir son histoire d’un certain Kyot le Provençal qui l’aurait lu – attention, ça se complique – dans un texte sarrasin racontant les recherches sur le Graal d’un astrologue juif. Certains associent Kyot avec l’auteur Guiot de Provins, mort au début du XIIIe siècle. D’autres (nombreux) soupçonnent Wolfram, écrivant en allemand, d’avoir tout simplement affabulé pour légitimer son récit en prétendant l’appuyer sur des sources françaises. Bref, la légende de Perceval viendrait donc, si on en croit Wolfram, d’un Provençal (fictif), lien qu’Alexandre Astier salue avec malice en se moquant, à l’aide d’un jeu de mots, sur les origines brumeuses de ce mythe.
Kyot de Provence (ou de Provins) donc) est devenu un des nombreux mystères liés au Graal. Umberto Eco, l’auteur du Nom de la Rose le met en scène dans son roman médiéval Baudolino (2000) dans lequel il joue avec les mythes médiévaux. L’écrivain italien le fait ainsi débattre sur la nature (et le nom) du Graal (Graal ou Gradale) avec Robert de Boron (un autre grand auteur arthurien du début du XIIIe siècle), débat qui n’est pas sans rappeler, là encore, celui entre les chevaliers de Kaamelott qui, dans l’épisode « En forme de Graal » (livre 1) tentent de savoir si le Graal est un « récipient », une « pierre incandescente » ou un « bocal à anchois » (dixit Perceval, évidemment) sans jamais le trouver ni même vraiment se mettre à le chercher. Umberto Eco, comme Astier, finissent d’ailleurs par conclure la même chose : l’important n’est pas l’objet de la quête, ni même la quête en elle-même, mais de rêver à une quête. Comme le promet Robert de Boron dans le roman Baudolino (p. 534) :

Moi, je m’en vais. Si je peux sortir de la ville, je le ferai au plus tôt, et je commencerai à écrire sur le Gradale, et c’est dans mon récit que sera mon seul pouvoir. Je raconterai l’histoire de chevaliers meilleurs que nous, et qui me lira rêvera de la pureté, et non pas de nos misères.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à (ré)écouter nos émissions de Fréquence médiévale consacrées à l’excellent colloque Kaamelott qui a eu lieu à la Sorbonne en mars dernier (cliquez ici ou bien là).

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William Blanc

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