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Saint Louis en BD – interview de Valérie Theis et d’Etienne Anheim

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La biographie dessinée de saint Louis, édité par Glénat, dont nous vous avions déjà parlé voilà un mois et demi, constitue un exemple réussi de collaboration entre des professionnels du neuvième art et des historiens. Car oui, Valérie Theis et Etienne Anheim, tous deux spécialistes du Moyen Âge, ne se sont pas contenté de rédiger les annexes historiques – excellentes au passage – de cette bande dessinée. Ils ont aussi aidé à la réalisation de l’album, bulle après bulle, case après case. Explications de textes et d’images :

Histoire et Image Médiévales : Il est rare de voir des historiens s’impliquer dans la création d’une bande dessinée. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans une telle aventure éditoriale ?
Valérie Theis et Etienne Anheim : Le projet a été imaginé au départ par Sophie de Closets, qui était directrice éditoriale, qui est maintenant PDG de Fayard, et qui est elle-même historienne de formation. Elle nous en avait parlé dès le début et nous avait proposé de participer, ce que nous avons accepté tout de suite. Cela nous intéressait beaucoup, à la fois parce que nous aimons la bande dessinée et qu’il nous semble important que les historiens participent à des formes de transmission de leur savoir au-delà du monde savant.
HIM : Quel a été votre rôle ? Avez-vous conseillé les seuls scénaristes, ou bien le dessinateur également ?
VT et EA : Le principe de la collection, qui est maintenant pilotée éditorialement par Sophie Hogg pour Fayard et par Cédric Illand pour Glénat, est justement d’associer étroitement les scénaristes, les dessinateurs et les historiens, et c’est ce qui nous plaisait. Nous avons donc été en contact permanent avec les deux scénaristes, Alex Nikolavitch et Matthieu Mariolle, et le dessinateur Filippo Cenni. Comme nous avons eu la chance de rencontrer des personnalités ouvertes, originales et sympathiques, c’était une expérience passionnante. Tout le monde est toujours resté à la fois ouvert aux observations des autres, et respectueux du travail et de la compétence de chacun dans son domaine.

HIM : La vie de saint Louis de Jean de Joinville apparaît comme une source majeure. Avez-vous utilisé d’autres textes d’époque ?
VT et EA : Comme Jacques Le Goff l’a montré, le texte de Joinville est une source unique pour écrire l’histoire de Saint Louis, dans la mesure où il s’agit d’un témoin laïc, qui a vécu dans l’intimité du roi et qui porte sur lui un témoignage très personnel. Mais nous avons aussi utilisé les autres chroniques qui ont été utilisés par le procès de canonisation puis par la tradition historiographique. Et surtout, nous avons largement puisé dans un texte dicté par le roi lui-même, qu’on appelle les « Enseignements de Saint Louis » : c’est même le fil conducteur de l’album, puisqu’il commence avec le roi sur son lit de mort, demandant de se faire lire les Enseignements, qui ponctuent ensuite les différents épisodes de sa vie.

HIM : Vous représentez un saint Louis préoccupé, presque rongé par l’idée du salut. On retrouve d’ailleurs un peu la même chose dans votre Philippe Le Bel. Pourquoi avoir mis en avant cet aspect du caractère du roi ?
VT et EA : Nous avons cherché à montrer que l’exercice du pouvoir royal, au Moyen Âge, était inséparable d’une anthropologie chrétienne. C’est l’idée selon laquelle le gouvernement de soi et le gouvernement des autres sont directement liés au sein de la figure royale. Il s’agit donc moins d’un problème d’intériorité ou de spiritualité individuelle, que d’une conception du monde où les catégories qui organisent l’action et la société ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui. Cela fait partie du travail historique de cet album, justement, d’avoir cherché à défendre une vision historiographique à travers un dessin et un scénario, et pas seulement de raconter linéairement une biographie.

HIM : Pensez-vous participer à d’autres bandes dessinées historiques ?
VT et EA : Nous avons déjà participé à deux albums, Philippe le Bel et Saint Louis, et nous commençons à réfléchir à d’autres projets, dans la même collection et, peut-être aussi, dans d’autres directions. Mais il est un peu trop tôt pour en parler !
Propos recueillis par William Blanc

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques et je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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