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Sword of Vengeance : « Die Hard » au Moyen Âge

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Sword of Vengeance se place après la bataille d’Hastings (1066), dont nous avions évoqué l’anniversaire ici. Toute l’Angleterre est alors occupée par les Normands… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Saxons résiste encore et toujours à l’envahisseur… L’histoire, située au Nord de l’Angleterre, évoque en effet la résistance d’un groupe de paysans saxons contre la domination sanguinaire des Normands dirigés par le Comte Durant et ses fils. Plusieurs séquences nous montrent un pays ravagé, avec un village détruit et incendié. Mais le film est aussi le récit d’une vengeance, celle de Shadow Walker (tout un programme…). Interprété par le Français Stanley WEBER (vu dans la série Borgia), il veut se venger du meurtrier de son père, le Comte Durant, véritable bad guy du film.

Un Normans Bashing

Bien que Guillaume le Conquérant ne soit pas un personnage de cinéma, comme nous l’avons montré dans un article précédent, un grand nombre de films, dont l’inoubliable Les Aventures de Robin des Bois (William Keighley, Michael Curtiz, 1938), ont cristallisé dans l’imaginaire contemporain une représentation négative des Normands. Sword of Vengeance s’inscrit résolument dans cet esprit. La soldatesque normande est évidemment odieuse et les nobles normands naturellement sanguinaires. Face à ces Brutes et ces Truands, les Bons sont bien sûr les Saxons. Les Normands, malgré leur armement, malgré leur nombre, sont décimés au fur et à mesure, puis anéantis dans les dernières scènes du film. Vous l’avez compris, l’essentiel de ce long métrage consiste en des combats sanglants, et même gores, entre Normands et Saxons. Le réalisateur, John WEEDON, use du slow motion, abuse du combat dit One to One comme dans de nombreuses productions contemporaines. Shadow Walker a tous les talents, combat aussi bien au poing qu’à l’épée. L’influence des films d’action, comme la saga Die Hard, se lit clairement dans plusieurs scènes.

Un Moyen Âge terne et gore

Le tournage a été effectué sur différents sites serbes, dont la forêt de Bojcinska et la forteresse de Kalemegdan. La Serbie est désormais une terre de cinéma. Le film médiévaliste Le Sang des templiers 2 : la rivière de sang (2014) y a été également tourné. Malgré le décor, les scènes castrales sont peu nombreuses. Le fait que la forteresse soit située en plein Belgrade y est sans doute pour quelque chose. L’essentiel du film se déroule donc dans la nature, dans la Wilderness, ces étendues sauvages, forêts denses, marécages, landes battues par le vent. Le réalisateur a accentué cette atmosphère en privilégiant des couleurs sombres ou ternes. Seul le sang, versé en abondance, est d’une couleur vive. La fin du film retrouve la lumière, métaphore évidente de la victoire de la justice sur l’oppression, déjà utilisée par John IRVIN dans son injustement oublié Robin des Bois (1991).
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Une reconstitution fidèle ?

Malgré l’absence de grands moyens, force est de reconnaître que la production essaie de s’inscrire dans une certaine historicité. Le château du Comte Durant, aperçu à différentes reprises en arrière-plan, image de synthèse, est assez conforme aux castels édifiés par les Normands. Il dispose d’un donjon de forme rectangulaire, dont l’exemple le plus célèbre est fourni par la Tour de Londres, édifiée par Guillaume le Conquérant vers 1070. Si la « résistance » saxonne est attestée, le parti-pris du scénario de la faire diriger par une femme (jouée par Anabelle WALLIS) est un effet anachronique de temporalité, que l’on retrouve dans d’autres films voire dans des séries comme Vikings. La représentation d’un village incendié constitue une image récurrente dans la production consacrée à la conquête normande. On en observe une dans La Grande Chevauchée de Robin des Bois  (Giorgio Ferroni, 1971). Cette récurrence peut être une allusion à la scène n°47 de la broderie de Bayeux, qui montre deux Normands incendiant une maison. L’originalité de Sword of Vengeance se situe donc ailleurs, dans cette volonté de placer l’histoire dans le Nord de l’Angleterre, région de confins, « zone aux contours flous et au statut fragile, située à l’interface de deux espaces » (Florian MAZEL L’Évêque et le territoire. L’invention médiévale de l’espace, Paris, Seuil, 2017, p. 256). Dans cet espace, turbulent, le pouvoir normand avait besoin d’ »hommes de sacs et de cordes » pour maintenir l’ordre, ce qui donne un accent de réalité au film. Sword of Vengeance n’est donc pas un chef d’œuvre, sa cote sur le marché d’occasion des DVDs n’est d’ailleurs pas très forte. Mais les amateurs de films d’action et les partisans d’un Die Hard médiévalisant y trouveront leur compte.

Sword of Vengeance

Réalisateur : John WEEDON

Interprètes : Stanley WEBER, Karl MODEN, Gianna GIARDINELLI, Ed SKREIN, Annabelle WALLIS…

Durée : 87 min.

Production : Vertigo Films

À propos de Yohann Chanoir

Agrégé d'Histoire, doctorant à l'EHESS (CRH-GAM, UMR 8558), auteur de plusieurs contributions scientifiques, Yohann s'intéresse à l'écriture de l'histoire par le cinéma. Il étudie plus particulièrement la manière dont les films évoquent le Moyen Âge.

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