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Transformers 5 : The Last Knight, ou des robots à la cour du roi Arthur. Chronique arthurienne 7

Nous continuons d’explorer les différentes facettes du mythe arthurien contemporain. Après le dernier film de Guy Ritchie sorti mi-mai, c’est au tour de Justine Breton, l’une des organisatrice du colloque sur Kaamelott, de nous parler d’une version surprenante de la légende.

Attention, cet article contient de (légers) spoilers sur le film.

Transformers : The Last Knight, sorti le 28 juin 2017 sur les écrans français, est le cinquième volet de la saga de science-fiction Transformers réalisée par Michael Bay depuis 2007, d’après les célèbres jouets Hasbro et Tomy. Ces films à gros budgets décrivent les aventures de robots-voitures venus de l’espace, qui viennent régler leurs conflits sur la planète Terre.

Pour rappel, ce que l’on apprend dans les films jusqu’ici : les Transformers, qui prennent vie grâce à un cube nommé le AllSpark, viennent de la planète métallique Cybertron, à l’origine dirigée par Optimus Prime et Mégatron. Lorsque ce dernier tente de prendre le pouvoir en s’emparant du AllSpark, Optimus Prime envoie le cube dans l’espace mais condamne ainsi sa planète Cybertron, qui dépérit. Commence alors une guerre fratricide entre les Autobots du gentil Optimus Prime et les Decepticons du méchant Mégatron. Une fois le AllSpark détruit (Transformers, 2007), les Autobots s’installent sur Terre, où les Decepticons les rattrapent bientôt pour poursuivre l’affrontement. Dès lors, aucun Transformers n’est véritablement le bienvenu sur Terre, où ils doivent vivre cachés.

1. Affiche Transformers

Jusqu’ici, à première vue, peu de rapport avec le roi Arthur et ses chevaliers de la Table ronde. C’est pourtant le premier cadre choisi par Michael Bay pour ce cinquième film : à travers des séquences situées « 484 de notre ère » et qui viennent éclairer le contexte présent, le réalisateur montre comment des robots échoués sur Terre, les « Chevaliers Gardiens », ont confié une arme extrêmement puissante à Merlin, un charlatan alcoolique, pour l’aider à combattre les invasions saxonnes. Cependant, maintenant que la planète Cybertron est sur le déclin, tous souhaitent s’emparer de cette arme cachée sur Terre dans l’espoir de sauver Cybertron ou de détruire la Terre.

Le réalisateur présente donc sa version de la légende arthurienne, dans laquelle douze Transformers sont membres de la Table ronde aux côtés de douze chevaliers de chair et d’os – parmi lesquels sont évoqués Lancelot, Perceval, Gauvain et Tristan. Le roi Arthur est assisté de ces Chevaliers Gardiens capables de se transformer en Dragonstorm, un immense dragon tricéphale. Le bestiaire médiéval est ainsi adapté aux codes des Transformers et s’ajoute aux camions, sous-marins et autres dinosaures présents depuis les films précédents.

2. Table ronde Transformers
La Table ronde unit les humains et les robots

The Last Knight reprend tous les éléments qui ont fait le succès commercial et technique des précédents films : effets spéciaux à couper le souffle, décors sublimes, rythme soutenu, action et pointe d’humour. Le spectateur est invité à voyager, à travers des scènes dans différents pays, dans les fonds marins, dans les airs et jusque dans les étoiles, où Optimus Prime part à la recherche des Créateurs, source de vie des Transformers. Ce cinquième volet s’inscrit dans la continuité de la saga : certains événements des films précédents sont rappelés et conservent des conséquences directes pour les personnages. La jeune Izabella (Isabela Moner), nouvelle héroïne, est par exemple orpheline depuis les affrontements de Transformers 3 : Dark of the Moon (2011). De nombreux personnages sont de retour, à commencer par Cade Yeager (Mark Wahlberg) et Seymour Simmons (John Turturro), pour ne citer qu’eux. Côté Transformers également, Optimus Prime, Bumblebee, le méchant Mégatron et bien d’autres reprennent du service.

Aux côtés des inventeurs et des militaires qui apparaissent régulièrement dans la saga Transformers, les universitaires et les chercheurs ont désormais une place de choix et permettent d’aiguiller le héros dans ses aventures pour sauver – une nouvelle fois – le monde. La principale guide dans les méandres de la légende arthurienne est Viviane – le prénom n’est pas anodin – Wembly, professeur d’histoire médiévale à Oxford, interprétée par Laura Haddock. Cette actrice est notamment connue pour son rôle dans la série Da Vinci’s Demons, dans laquelle apparaît une certaine épée plantée dans la roche (saison 1, épisode 7, « The Hierophant »)… Elle est aidée par Anthony Hopkins, qui interprète l’historien et astronome Sir Edmund Burton, membre de l’Ordre des Witwiccans : cette organisation secrète a pour but de protéger l’histoire commune des Transformers et des humains, et regroupe d’illustres noms comme De Vinci, Shakespeare, Lincoln et Einstein. Difficile ici de ne pas tracer un parallèle avec Da Vinci Code de Ron Howard (2006), adapté du roman éponyme de Dan Brown (2003) : même logique de société secrète protégeant un artefact arthurien, même course-poursuite pour sauver le monde, et même révélation faisant de l’un des personnages principaux le dernier descendant d’une figure illustre.

3. Hopkins Table ronde Excalibur
Anthony Hopkins devient le gardien des secrets de la Table ronde

Les échos à d’autres films ne s’arrêtent d’ailleurs pas là : évoquons simplement les références plus ou moins directes à Lara Croft à travers le personnage de Viviane, ou encore à Star Wars avec un robot-Vespa aux allures de BB-8 et un majordome qualifié de « C3PO en toc ».

Parmi les acteurs du film, on retrouve deux habitués de la légende arthurienne : Liam Garrigan, interprète d’Arthur, qui tenait déjà le même rôle dans la série Once Upon a Time (2015-2016), et Santiago Cabrera, qui joue ici l’agent Santos mais interprétait le chevalier Lancelot dans la série britannique Merlin (2008-2011). Le monde arthurien est petit…

4. Santiago Cabrera - Lancelot Merlin
Santiago Cabrera, Santos et ancien Lancelot

Dans le film, le fait de décrire l’influence des Transformers sur l’histoire de l’humanité devient un moyen de justifier le merveilleux médiéval : ce que les textes arthuriens considèrent comme de la magie, notamment par l’intervention de Merlin, est ici réinterprété dans la perspective de la technologie extraterrestre des Transformers. Toutes les figures merveilleuses de la légende ne sont pourtant pas présentes : si Viviane est brièvement évoquée, le film se concentre toutefois sur les personnages masculins qui entourent le roi Arthur.

5. Magie - Technologie
Magie de Merlin, ou technologie alien ?

« L’histoire secrète des Transformers » apporte un nouvel éclairage sur la légende arthurienne, ou du moins sur sa dimension guerrière et sur les valeurs qu’elle représente. Ici, nulle romance entre Lancelot et Guenièvre, nulle quête du Graal aux enjeux spirituels. Les rares scènes médiévales du film se limitent globalement à des visuels grandioses et à des combats impressionnants, où le choc des épées se mêle aux éclats des Transformers, le tout sur fond d’explosions et de gerbes de flammes.

6. Combat médiéval explosions
Chevalerie et explosions, un mélange qui détonne

Michael Bay utilise astucieusement et ponctuellement la légende arthurienne pour servir son propre récit. Il faut dire que les aventures du roi et des chevaliers de la Table ronde se prêtent bien à l’esthétique et aux codes narratifs de la saga Transformers : combats de chevaliers face à des hordes barbares, objets magiques et mystérieux, affrontement du Bien et du Mal, créatures fabuleuses… Après les dinosaures du film précédent, les dragons et les chevaliers mécaniques semblaient une évidence.

Les séquences consacrées au roi Arthur ont principalement été tournées en Écosse, au Pays de Galles et en Angleterre. Le film ne propose pas uniquement des flashbacks vers le Haut Moyen Âge légendaire, mais s’appuie sur une vision trans-séculaire de l’histoire : une séquence se déroulant par exemple durant la Seconde Guerre mondiale vient expliquer le passé de Bumblebee. Le tournage de ces scènes avait d’ailleurs suscité une controverse lorsque l’équipe de réalisation avait décidé de représenter le Palais de Blenheim, lieu de naissance de Churchill, comme quartier général nazi, arborant des drapeaux avec d’immenses crois gammées.

The Last Knight devrait être le dernier Transformers réalisé par Michael Bay, même s’il laisse des pistes pour une éventuelle suite. Optimus Prime a ainsi encore de beaux jours devant lui, avec un spin-off sur Bumblebee prévu pour l’an prochain et sixième film prévu pour 2019.

Justine Breton

 

À propos de William Blanc

Historien et passionné du Moyen âge et de ses représentations dans les arts populaires (BD, cinéma, jeux, série télé, arts graphiques), je participe depuis 2012 à l'aventure de "Histoire et Images médiévales". Je suis aussi le coauteur ou auteur de trois livres : "Le Roi Arthur. Un mythe contemporain" (Libertalia, 2016), "Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire" (Libertalia, 2015, avec Christophe Naudin) et "Les historiens de garde" (Inculte, 2013, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin). J'ai également écrit plusieurs articles dans des revues scientifiques et je participe également au site d'analyse de bandes dessinées 2dgalleries.com

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